Régime de Vichy
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Ce fut le régime politique de la partie sud de la France et des colonies françaises (avant leur "libération") entre juin 1940 et août 1944.
L'expression Régime de Vichy est un terme en toute rigueur impropre car son extention n'était pas limitée à cette ville, qui n'était même pas sa capitale (seulement le siège du gouvernement), et dont ses protagonistes n'étaient pas originaires. Mais l'usage populaire a prévalu, malgré la désignation qui était officiellement la sienne : l'État français. ,
Les circonstances
Prologue : la défaite de 1940 et l'invasion allemande
En réponse à l'invasion de la Pologne par les troupes d'Adolf Hitler, la France et le Royaume-Uni déclarent la guerre au IIIe Reich. Adoptant alors une stratégie défensive, les deux alliés, au lieu d'envahir l'Allemagne dont l'armée est occupée en Pologne, laissent celles-ci régler tranquillement leur compte aux troupes polonaises. La vitesse à laquelle l'armée polonaise, pourtant organisée avec les conseils français, s'effondre (à peine plus d'une semaine !) renforce le mythe d'une armée allemande invicible. Les français restent donc derrière la ligne Maginot et "jouent la montre" : le blocus maritime qui provoquera l'effondrement allemand comme en 14-18. C'est la drôle de guerre. Mais le 10 mai 1940, Hitler attaque en envahissant les Pays-Bas, le Luxembourg et la Belgique. Le commandement français s'y attendait et lance ses troupes à la défense de la Belgique, comme prévu. Utilisant à plein les concepts des novateurs français de 1918, ignorés par leur preopre commandement (choc, couple char-avion, concentration), le fer de lance de l'armée allemande (une dizaine de divisions blindées traverse le massif des Ardennes, jugé impénétrable par les généraux français (et donc... non défendu !) et encercle l'armée franco-britannique engagé en Belgique.
Début juin la messe est dite. Le gouvernement quitte Paris. Les consignes gouvernementales (qui gardait un mauvais souvenir des millions de contribuables et travailleurs perdus au cours de la première guerre mondiale, car en zone envahie), la haine du "boche" et la terreur savamment entretenue par les allemands eux-même (attaques de la Luftwaffe sur les routes) provoquent et amplifie l'exode de centaines de milliers de civils sur les routes du pays, ruinant la logistique militaire française. La bataille de France était perdue, en dépit de la résistance farouche et héroïque de nombreuses unités. La campagne militaire cause près de 100 000 morts français et 40 000 allemands, et les allemands capturent plus de deux millions de prisonniers, exterminant au passage des noirs, dont le remarquable comportement au combat insultait le concept de supériorité aryenne.
Le 10 juin 1940, Mussolini, allié de Hitler, déclare la guerre à la France, mais ne parvient pas à faire avancer ses troupes à travers les alpes biens défendues. Franco, sollicité, refuse d'entrer en guerre contre la France, même lorsque l'effondrement français est patent.
La demande d'armistice
Fin mai et début juin, c'est la panique aussi dans le monde politique et militaire. Les uns se résignent à la défaite et réclament l'armistice, les autres veulent poursuivre la lutte comme promis aux anglais, en s'appuyant sur les colonies et notamment l'Algérie. avec les
C'est le premier camps, soutenu par le général Maxime Weygand le maréchal Pétain, Pierre Laval et Darlan, qui l'emporte. Le général de Gaulle se réfugie à Londres, où il prononce son appel devenu célèbre mais passé relativement inaperçu dans le chaos ambiant. Le noyau de la France Libre se constitue alors, avec d'autre réfugiés français. Le président du Conseil Paul Reynaud, qui lui voulait continuer la lutte, préfère démissionner le 16 juin 1940 sous la pression. D'autres se réfugient en Amérique.
Le président de la République nomme alors Philippe Pétain à sa place. Le lendemain, ce dernier annonce que la France doit cesser la guerre. Le gouvernement Pétain, constitué à Bordeaux le 17 juin, et le parlement s'installèrent en juillet à Vichy, en zone non occupée.
La délégation française doit aller signer l'armistice le 22 juin 1940, dans le wagon même qui avait servi de cadre à l'armistice de la Première guerre mondiale. L'Allemagne entendait ainsi prendre sa revanche sur la France et l'humilier. Les conditions de l'armistice sont draconiennes : la moitié nord, ainsi que la côte atlantique, passent sous occupation allemande. La France doit pourvoir à l'entretien de l'armée d'occupation et payer une indemnité de guerre qui s'élevait à 400 millions de francs par jour. En outre, la convention d'armistice, à l'article 8, alinéa 2, prévoient que les vaisseaux de guerre rejoignent leurs ports d'attache du temps de paix, dont certains, comme Brest, se trouvaient en zone occupée ("La désignation de ces ports sera faite d'après les ports d'attache des navires en temps de paix").
Face à ce risque insupportable (car, la marine française était une force significative) le premier ministre britannique Winston Churchill envoya le 3 juillet 1940, une flotte britannique sommer la flotte française de Mers el-Kébir, de se joindre à elle, ou de rejoindre les Antilles françaises. L'amiral français rejeta l'ultimatum, sans informer Vichy de toutes les possibilités ouvertes par celui-ci, dont celle de rejoindre les Antilles françaises pour se mettre à l'abri des Allemands. Il s'ensuivit un combat naval, au cours duquel les principales unités françaises sont détruites.
L'instauration du pouvoir personnel
- Le parlement fut réuni en Assemblée Nationale (Sénat + Chambre des Députés) le 10 juillet 1940, et attribua les « pleins pouvoirs » au maréchal Pétain, sous la pression conjuguée des circonstances et des extrèmes pour une fois réunis, pacifistes dreyfusard et anti-sémites pro-allemands, en confiant à ce haut personnage la mission d'élaborer une nouvelle constitution. Seuls 80 parlementaires votèrent contre.
- a posteriori (et comme quelques rares voix ont pu le dire à l'époque), cette réforme apparait comme grossièrement inconstitutionnelle, car la compétence de révision confiée par la constitution de 1875 à l'Assemblée Nationale n'était pas la propriété personnelle de cette dernière, mais sa FONCTION exclusive. Selon nos conceptions juridiques modernes l'assemblée ne pouvait donc ni la déléguer ni la transférer à quiconque. En outre, la confusion de tous les pouvoirs (constituant, législatif, exécutif et judiciaire) entre les mains d'un seul homme était totalement contraire aux fondements mêmes de la constitution de 1875 : compréhensible pour gagner la guerre, lorsque les circonstances semblent l'exiger (comme il en existe de multiples exemples historique), cette concentration était injustifiable pour demander la paix.
- C'est ainsi que les actes adoptés le 10 juillet 1940 par le Sénat et la Chambre des députés réunis en Assemblée nationale à Vichy, instaurèrent un « État français » à la place de la République. Bientôt, la devise républicaine allait être remplacée par la devise « Travail, Famille, Patrie » tandis que la chanson « Maréchal, nous voilà ! » allait concurrencer la Marseillaise (officiellement conservée).
- Le gouvernement de Vichy eut pour chef Pierre Laval 1940, puis l'amiral François Darlan en 1941 et 1942, et à nouveau Pierre Laval, jusqu'à la chute du Régime de Vichy en 1944.
- Pour la majorité des Français, complètement désemparés par l'exode massif et la défaite militaire, puis soulagés par l'armistice, les circonstance de l'instauration du nouveau régime étaient sans importance.
De plus, le vieux Maréchal, dont le patriotisme paraissait au-dessus de tout soupçon et l'honnêteté incontestable, leur inspirait confiance. Le prestige qu'il avait gagné pendant la Première guerre mondiale (bataille de Verdun) renforçait son image de sauveur de la patrie. D'autant que la radio et les journaux ne cessaient de vanter ses mérites. Certains allaient même jusqu'à s'imaginer qu'à sa simple vue les Allemands impressionnés abaisseraient leurs exigences et appliqueraient à la France un traitement favorable. C'est ainsi qu'à la faveur de la défaite, Pétain devint un dictateur.
La mise en place d'un régime autoritaire et des lois d'exclusion
Le culte de la personnalité
- L'exaltation du maréchal, partant de ses états de service de 14-18 et son intention affichée de sauver la France devint le thème favori des médias, d'abord spontanément, puis sous le contrôle étroit de la Censure.
- L'image respectable du vieux maréchal fût présente partout, non seulement dans les lieux publics, mais aussi, mais dans les vitrines de tous les magasins, où il remplaçait les marchandises absentes en raison des restrictions dues aux prélèvements forcés du vainqueur.
- La jeunesse fût naturellement placée sous contrôle: Dans les locaux scolaires, il y avait 4 ou 5 portraits du Maréchal, par classe, à raison d'un pour la classe et d'un pour chacune des 3 ou 4 équipes. Même chose dans chaque local scout, où il y avait un portrait pour la troupe, et 4 pour chacun des coins de patrouille. Les enfants des écoles défilaient, en tenues de sport, le bras tendu pour saluer « à la romaine » (c’est-à-dire de la même façon que les nazis et les facistes italiens), en chantant « Maréchal nous voilà » dans des défilés incessants organisés devant le maréchal, ses représentants civils ou militaires ou ses chefs légionnaires.
Le portrait du maréchal se répandit dans les foyers des français, qui comptaient sur lui dans ces circonstances difficiles. Quand aux rares récalcitrants (certes de plus en plus nombreux), ils trouvaient Pétain dans le tiroir de leur bureau, sous la forme de timbres, qu'ils pouvaient tout au plus coller sur leurs envois d'un poing vengeur, mais inefficace, et ils le retrouvaient à nouveau sur leur courrier, chaque fois qu'ils ouvraient leurs boîtes à lettres.
Pétain, sous le couvert de son slogan honorable « Travail, Famille, Patrie », enserra l'ensemble des Français dans un réseau de hiérarchies parallèles, à partir de sa « Légion française des combattants » (L.F.C.). Dans celle-ci furent en effet rassemblés non seulement de véritables anciens combattants, mais aussi de nombreux partisans de sa « Révolution Nationale » qui n'avaient jamais combattu, comme les Amis de la Légion et les Cadets de la Légion. Ces individus se rattrapaient en manifestant et en injuriant les adversaires réels ou supposés du régime.
Par ailleurs un ancien combattant courageux mais dévoyé, Joseph Darnand, admirateur avant-guerre du système nazi, créa un « Service d'Ordre Légionnaire » (S.O.L.), et l'étendit à toute la zone sud et à l'Afrique du Nord. Cette organisation de fiers à bras allait, avec le soutien personnel du Maréchal, prendre le nom de « Milice Française », après le débarquement allié et l'invasion allemande de la zone sud, et se consacrer à la répression au service de l'Occupant.
Avec le marché noir et les lois anti-juives, la délation devint un sport national.
Ainsi le Maréchal avait-il instauré, sous le nom de « Révolution nationale », un régime autoritaire, où tous les fonctionnaires, y compris les soldats et les juges, devaient lui prêter serment.
Si, malgré cela, le maréchal s'était alors consacré exclusivement à la reconstruction de ce qui pouvait l'être (rapatriement des réfugiés, démobilisation des réservistes, ravitaillement, maintien de l'ordre normal et maintien de l'unité nationale), ainsi qu'à l'exigence du respect par l'ennemi des conventions d'armistice, les effets néfastes de sa dictature auraient été quelque peu limités.
La discrimination
Mais il utilisa ses pleins pouvoirs, comme tout dictateur, pour déclencher immédiatement la répression et une véritable chasse aux sorcières. Alors que les réfugiés étaient encore sur les routes, il fit pleuvoir sans délai les suspensions de fonctionnaires mal-pensants, et adopta sans nulle pression allemande, des lois d'exclusion copiées sur les lois hitlériennes contre les Francs-Maçons et contre les Juifs, enfants compris. Ces lois de Vichy, beaucoup plus rigoureuses que celles de l'Italie fasciste, égalaient en dureté pour leurs victimes celles des nazis. Avec une seule différence toutefois : le maréchal avait instauré ses discriminations beaucoup plus rapidement qu'Hitler. C'est ce que démontre la « Rapidité comparée d'édiction des lois racistes par Pétain et par Hitler »:.
Rapidité comparée d'édiction des lois racistes par Pétain et par Hitler
I - Cas où Pétain a instauré les lois racistes en France plus rapidement qu' Hitler ne l'avait fait en Allemagne
- Dénaturalisations : P = 16/7/40 (1 mois) ; H = 26/7/33 (6 mois)
- Exclusion des juifs de l’armée : P = 3/10/40 (3 mois) ; H = 26/6/36 (3 ans, 5 mois)
- Exclusion des juifs de la presse:P = 3/10/40 (3 mois) ; H = 4/10/33 (8 mois)
- Exclusion de professions commerciales et industrielles : P = 3/10/40(3 mois) ; H = 6/6/38 (5ans,4 mois)
- Autorisation pour vendre ou louer une entreprise : P = 9/3/41 (8 mois) ; H = 26/4/38 (5 ans, 3 mois)
- Exclusion totale des juifs du commerce et de l’industrie : P = 22/7/41(1 an, 1 mois) ; H = 12/11/38 (5 ans,10 mois)
- Immatriculation des entreprises “juives”: P = 22/7/41(1a n,1 mois) ; H = 14/6/38 (5 ans, 4 mois)
- Exclusion des médecins juifs : P = 11/8/41(1 an, 2 mois) ; H = 13/12/35 (2 ans, 10 mois)
- Nomination d’administrateurs des patrimoines juifs : P = 22/7/41(1 an,2 mois) ; H = 3/12/38(2ans 9 mois)
II - Cas où Hitler a instauré les lois racistes en Allemagne plus rapidement que Pétain en France
- Exclusion des fonctionnaires juifs : P = 3/10/40 (3 mois) ; H = 7/4/33 (2 mois)
- Exclusion des Étudiants juifs : P = 21/6/41 (1 an) ; H = 22/4/33 (3 mois)
- Exclusion du Barreau : P = 16/7/41 (1 an, 1 mois) ; H = 4/4/33 (2 mois)
N.B. Prise de pouvoir de Pétain : 17 juin 1940 ; Prise de pouvoir d’Hitler : 30 janvier 1933.
L'inféodation à l'ennemi
- Mais, à la différence des nazis allemands et des facistes italiens, qui étaient du moins des patriotes, mêmes égarés, Pétain subordonna son régime totalitaire au bon plaisir de l'ennemi, bien au delà des conventions d'armistice.
Inféodation à l'ennemi sur le plan politique
L'initiative vichyste en matière de collaboration
- C'est d'abord le maréchal Pétain qui instaura personnellement, par un discours radio-diffusé du 30 octobre 1940, la Collaboration. Or la paix n'était pas signée entre la France et l'Allemagne, qui restait donc l'ennemie, et les prisonniers n'étaient pas rentrés. Aussi « collaborer » avec l'ennemi dans ces conditions, était une trahison délibérée, au sens de l'article 75 du code pénal alors en vigueur.
- Croyant l'Angleterre sur le point d'être vaincue, Pétain avait imaginé, ainsi que Laval, puis Darlan, un renversement des alliances, qui permettrait à la France, alliée à l'Allemagne, de rester la seconde puissance d'Europe.
La méfiance d'Hitler à l'égard d'une France, même collaboratrice
- C'était méconnaître complètement les vues d'Hitler, pourtant exposées en détail dans « Mein Kampf ».
- Ce dernier ne voulait à aucun prix d'une alliance de la France, alors qu'il admirait l'Angleterre qui lui résistait (au point d'avoir proposé à celle-ci, au lendemain de la capitulation française, une paix blanche, qu'heureusement Churchill avait rejetée. En échange de celle-ci, Hitler n'avait pourtant exigé des Anglais que la restitution des anciennes colonies allemandes d'avant 14-18).
- Après la bataille de Bir Hakeim, où la Brigade française libre de Koenig, a réussi à retarder pendant 14 jours l'offensive de Rommel contre Suez, en tenant tête aux assauts de 4 divisions de l'Axe et aux bombardements de la 2ème armée aerienne allemande, et a ainsi donné le temps à la 8ème Armée anglaise en déroute se fortifier sur la ligne de défense d'El Alamein, Hitler révèle en ces termes sa méfiance à l'égard de tous les Français: "C'est bien une nouvelle preuve de la thèse que j'ai toujours soutenue, à savoir que les Français sont, après nous, les meilleurs soldats de toute l'Europe. La France sera toujours en situation, même avec son taux de natalité actuel, de mettre sur pied une centaine de divisions. Il nous faudra absolument, après cette guerre nouer une coalition capable de contenir militairement un pays capable d'accomplir des prouesses sur le plan militaire qui étonnent le monde comme à Bir Hakeim" .(Bildarchiv., Berlin ).
- Ce dernier ne voulait à aucun prix d'une alliance de la France, alors qu'il admirait l'Angleterre qui lui résistait (au point d'avoir proposé à celle-ci, au lendemain de la capitulation française, une paix blanche, qu'heureusement Churchill avait rejetée. En échange de celle-ci, Hitler n'avait pourtant exigé des Anglais que la restitution des anciennes colonies allemandes d'avant 14-18).
Le maintien irréaliste de la politique de collaboration
- Prenant pourtant leurs désirs pour des réalités, Pétain et ses dignitaires n'en firent pas moins entrer la collaboration dans la pratique:
- Lorsque les Allemands mobilisèrent les Alsaciens-Lorrains, le 25 avril 1942, puis les déclarèrent citoyens allemands le 30 aout 1942, en violation flagrante de la convention d'armistice, seule une protestation des plus timides fût émise par Vichy. Encore ne fût-elle même pas publiée, alors que cette grave violation de l'armistice aurait due être véhémente, argumentée et portée à la connaissance du monde entier.
- De même les décisions nazies en matière d'internement et de déportation furent-elles satisfaites docilement, avec le concours souvent actif des policiers et gendarmes de l'État français.
- De plus, en septembre 1942, 280 policiers allemands entrèrent secrètement en zone sud, munis par les soins du général Bridoux, ministre de Pétain, de fausses cartes d'identité françaises, pour aider les services de Vichy à y détecter les radios clandestines.
- Certes le gouvernement Pétain n'imposa pas le port de l'étoile jaune en zone sud. Mais il ne protesta pas lorsque cette mesure fût imposée par les nazis en zone nord, à la différence du Roi de Danemark, du Bailli de Jersey (petite île anglo-normande), et du Bey Moncef de Tunisie, qui n'hésitèrent pas à refuser cette mesure à l'Occupant.
- Le gouvernement de Pétain créa un Commissariat aux Affaires Juives, dirigé successivement par Xavier Vallat, puis par Darquier, dit « de Pellepoix », chargé d'appliquer le plus durement possible, en liaison avec l'Occupant, les mesures anti-juives dans toute la France. Simultanément les juifs furent contraints d'adhérer à l'Union Générale des Israëlites de France (U.G.I.F.)et d'en réaliser le financement.
- C'est donc en puisant dans les fichiers de la police française, dans ceux du Commissariat aux Affaires Juives, et dans les archives de l'UGIF, que les nazis furent en mesure d'établir les listes permettant la raffle et la déportation des juifs (130 000 étrangers et 70 000 français). Le gouvernement de Vichy se signala même en ce domaine par ses excés de zèle: D'abord lorsque, à la suite de certaines déportations de Juifs adultes, le secrétaire d'État Bousquet demanda à l'ennemi de prendre les enfants en plus. Dans un autre cas, les intendants de police de Vichy, sur les instructions des Allemands, firent rafler les enfants juifs dans les institutions chrétiennes qui les abritaient: C'est alors qu'une partie de ces enfants fût sauvée, en zone d'occupation italienne, par les autorités militaires facistes, qui exigèrent leur libération immédiate.
- Lorsque les Allemands mobilisèrent les Alsaciens-Lorrains, le 25 avril 1942, puis les déclarèrent citoyens allemands le 30 aout 1942, en violation flagrante de la convention d'armistice, seule une protestation des plus timides fût émise par Vichy. Encore ne fût-elle même pas publiée, alors que cette grave violation de l'armistice aurait due être véhémente, argumentée et portée à la connaissance du monde entier.
Inféodation à l'ennemi sur le plan militaire
- Certains éléments de l'armée d'armistice étaient au départ anti-allemands et considérèrent d'abord, cette armée comme une base de départ pour la préparation de la revanche. Malheureusement, en vertu de l'acte constitutionnel n°8 du 14 aout 1941, signé par Pétain, tous les membres de cette armée durent prêter serment de fidélité « à la personne du chef de l'Etat ». Et comme tous les ordres ultérieurs de Pétain furent hostiles aux alliés et favorables aux Allemands, les soldats se sentirent ensuite liés par ce serment, et agirent en conséquence.
- La collaboration ne fût pas seulement passive: Elle se poursuivit dans les actes. C'est ainsi qu'en Afrique du Nord, les services de Weygand, conclurent un contrat(Contrat Dankworth du 18 mai 1941), prévoyant la livraison de 1200 véhicules de l'armée d'armistice à l'Afrika Korps de Rommel, et, que pour réaliser cette livraison, sous le contrôle du 4ème Bureau de l'Etat-major de Weygand, des centaines d'officiers, sous-officiers et mécanos de l'Armée d'Afrique, chargés de choisir les camions, de les réparer et de les livrer à l'ennemi, s'habituèrent à considérer les Allemands comme des alliés (ce qui allait avoir des conséquences funestes lors de l'Opération Torch).
- Le Tribunal militaire d'Oran condamna les Français qui tentaient de quitter l'Afrique du Nord pour continuer la guerre, dont 2 au moins furent fusillés. Le service des renseignements de la Marine de Darlan informa la Kriegsmarine allemande sur les mouvements de vaisseaux alliés.
- En ce qui concerne la repression de la résistance en zone non occupée, voici les résultats dont se vente le colonel Rivet, chef du « Service des menées antinationales » de Vichy dans un rapport du 26 décembre 1941:"Depuis le mois de janvier 1941 il a été procédé aux arrestations suivantes: 1°) Agents de renseignements de l'IS (Intelligence Service) et du SR interallié: 179, dont 42 arrêtés en Afrique et une cinquantaine arrêtés en France, mais en rapport avec le réseau africain. 2°) Agents de propagandes gaullistes et individus ayant essayé de gagner l'Angleterre pour s'engager dans les forces gaullistes: 540, dont près d'une centaine arrêtés en Afrique du nord." Rivet ajpute que, compte tenu de l'activité des autres services de police et de répression, « les arrestations doivent largement dépasser le millier » (Thèse Cantier, p.562 ET 563).
- Mais surtout Darlan conclut avec l'ennemi les « Accords de Paris » qui prévoyaient l'attribution à l'Allemagne de 3 bases, à Dakar, Bizerte et en Syrie, ainsi que la collaboration de l'Armée d'Afrique avec l'Axe pour reconquérir les colonies françaises libres. La base en Syrie fut immédiatement remise aux Allemands, et de plus l'armée du général Dentz, livra, à la demande des Allemands, une grande partie de son matériel aux troupes irakiennes révoltées contre les Anglais. Ce qui justifia largement l'occupation de la Syrie par les Anglais et les Forces Françaises Libres. Les mêmes accords de Paris désignèrent nommément le général Juin, prisonnier de guerre, pour être libéré afin de défendre l'Afrique du Nord contre les Alliés, ce qui fût fait.
- Enfin, lors du débarquement allié en Afrique du Nord, les généraux de Vichy livrèrent pendant 3 jours aux Alliés un combat sanglant, à Oran et au Maroc, alors qu'au même moment, leurs collègues livraient le protectorat de Tunisie, sans un seul coup de feu, à une poignée d'Allemands et d'Italiens.
Seule l'intervention de la résistance française à Alger, permit alors le succès de l'Opération Torch, car 400 patriotes français y neutralisèrent, par leur putsch du 8 novembre 1942, le XIXème corps d'Armée de Vichy pendant 15 heures, aprés avoir capturé Juin et Darlan. Ainsi permirent-ils aux alliés d'y débarquer sans encombre et d'obtenir la capitulation de la ville le jour même, puis, au bout de quelques jours, le cessez le feu à Oran et au Maroc et la rentrée en guerre de l'armée d'Afrique dans le bon camp.
Le seul inconvénient de l'opération, fût le maintien pendant plusieurs mois du Régime de Vichy en Afrique libérée(1942-43).
- De plus, lors de l'invasion germano-italienne de la zone sud, le Maréchal ordonna personnellement aux officiers de l'armée d'armistice de ne pas résister, ce qu'ils s'empressèrent de faire, à part 2 ou 3 exceptions. C'est en cette occasion que les officiers français livrèrent sans résistance 9 départements français aux forces italiennes, qui ne passaient pourtant pas pour des foudres de guerre.
- Quant à l'énorme flotte de Toulon, elle se saborda sans résistance, sans qu'un seul Allemand soit seulement blessé, alors qu'en des circonstances identiques, lorsque les nazis tentèrent un peu plus tard, en septembre 1943, de s'emparer de la flotte de l'Italie qui avait capitulé, 3 cuirassés, 6 croiseurs et 6 destroyers s'échappèrent de La Spezia, pour ne pas tomber entre leurs mains.
- Cette absence systématique de résistance des généraux de l'armée d'armistice aux violations allemandes les plus énormes, alors qu'ils recevaient systématiquement les alliés à coup de canon, à Dakar, au Levant, à Madagascar et au Maroc, est hautement significative de leur adhésion à la collaboration.
- Le gouvernement de Vichy encouragea, alors que la paix n'était pas signée avec l'Allemagne, l'engagement de Français dans la Légion des Volontaires Français contre le Bolchevisme (L.V.F.),régiment 638 de la Wehrmacht. S'il n'y en eût pas plus, c'est qu'Hitler en avait plafonné le nombre, ne tenant pas à armer trop de Français, même nazis!
- Mais ce que Pétain et les généraux de Vichy semblent avoir toujours été incapables de comprendre est le mépris que leur politique de concessions sans limites suscitaient chez les généraux allemands:
C'est que le Maréchal Rommel révèle implicitement dans ses notes sur la bataille de Bir Hakeim, où Koenig et sa 1ère Brigade Française libre, en résistant 14 jours, sous un déluge de feu à 4 divisions et une armée aerienne de l'Axe, lui ont fait manquer son offensive sur Suez. Voici ce que Rommel écrit à propos de son adversaire, le général français libre Koenig: « Une fois de plus la preuve était faite qu’un chef français décidé à ne pas jeter le fusil après la mire à la première occasion, peut réaliser des miracles, même si la situation est apparemment désespérée » .
Inféodation à l'ennemi sur le plan économique
- D'autre part toutes les demandes allemandes relatives aux travailleurs du S.T.O.(Service du travail obligatoire) furent satisfaites, avec quelques fois, pour ces derniers, un marchandage symbolique où les Allemands étaient toujours gagnants.
- Selon le général von Senger und Utterlin de la Commission d'armistice allemande, « L'industrie française des armements de guerre fût remise à plein tours pour les armements allemands....Sans le potentiel économique de la France, Hitler n'aurait pas pu faire durer la guerre aussi longtemps. C'est celà qui fut le grand profit qu'Hitler tira de la conquête de la France ».
- Selon l'historien allemand Jaekel, « Au printemps de 1942, 170000 Français travaillaient sur place dans les services de la Wehrmacht et 275000 à la construction d'aérodromes et de fortifications comme le mur de l'Atlantique, 400000 enfin à la fabrication d'armements. » Les usines de locomotives et les chantiers navals français étaient à la disposition de l'Allemagne, et à la même époque, 185000 volontaires français travaillaient chez l'ennemi. Et le comble était que la France, elle-même, finançait toute cette production par les frais d'occupation démesurés, qu'elle continuait de payer (35 millions de Francs en 1940, 107 millions en 1941, et 157 millions en 1942).
- Loin de récompenser cet effort, le Reich, dans les territoires occupés de l'ouest, imposait les privations les plus lourdes à la population française: Ainsi, presque toute la production alimentaire française partait-elle chez l'ennemi, au point que les rations de viande des Belges et des Hollandais étaient supérieures de 40%, et celles de matières grasses de 100%, à celles allouées aux Français.
Le discrédit final du gouvernement de Vichy
- voir l'article détaillé : Vie des Français sous l'Occupation allemande
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- Le gouvernement de Vichy perdit le peu de pouvoir qui lui restait lors de l'occupation de la zone « libre » par les Allemands et les Italiens, le 11 novembre 1942. La mise en place du Service du travail obligatoire (STO), les conditions de vie difficiles et l'issue de la guerre changeant de camp, alimentèrent les rangs des maquis de la Résistance.
À noter que certains hommes qui allaient s'illustrer après guerre, parfois avec talent, dans la contestation, comme Georges Brassens, François Cavanna, et surtout Georges Marchais, se contentèrent à l'époque d'en passer par le STO.
- La Milice de Darnand, devenu Obersturmführer des SS, tout en siegeant au gouvernement de Vichy, allait se consacrer à la répression contre les maquis aux côtés des Allemands, et se livrer au meurtre des contestataires réels ou supposés, ainsi que des civils sans défense qui cherchaient seulement à échapper à l'ennemi.
- Après le Débarquement en Normandie, le 6 juin 1944, le gouvernement céda à ses soutiens les plus extrémistes et on assista dans certaines régions à une véritable guerre civile entre la Milice et la Résistance soutenue par la population.
- A la suite des succès militaires alliés, le gouvernement de Pétain et ses miliciens quittèrent la France pour se réfugier en Allemagne, où le gouvernement s'installa à Sigmaringen, tandis que les miliciens s'engagèrent dans les Waffen SS.
- Arrivé en France, le général de Gaulle, acclamé par les Français, confirma le régime républicain par l'ordonnance du 9 août 1944, puis transfèra le 25 aout son Comité français de la Libération nationale(CFLN), devenu le 3 juin 1944 Gouvernement provisoire de la République française(GPRF), d'Alger à Paris libérée.
Le maintien manqué du Régime de Vichy, en Afrique libérée
- Beaucoup de Français de bonne foi, satisfaits de l'arrêt des combats, avaient fait confiance au Maréchal Pétain, d'abord en raison de ses titres militaires éminents, et ensuite sous l'influence de la propagande obsessionnelle et unilatérale déclenchée par ses partisans, qui l'idéalisait.
- Aussi,lorsque Pétain adopta ses lois et mesures d'inspiration hitlerienne contre les « mal-pensants » et prêcha la collaboration avec l'ennemi, avaient ils cherché à concilier son image de garant du patriotisme avec le caractère odieux de sa politique. Ils ont alors imaginé que, si le Maréchal avait souscrit à cette politique, ce ne pouvait être que sous la contrainte de l'ennemi, pour sauver ce qui pouvait être sauvé. Cet argument a été repris de nos jours.
- Mais la nature profonde du régime de Vichy, nous est livrée de façon indiscutable par les évènements survenus en Afrique du Nord, postérieurement au débarquement allié du 8 novembre 1942: Les autorités vichystes y sont en effet restées au pouvoir, sous Darlan puis sous Giraud.
- C'est alors que, loin de retirer ces lois et mesures d'exclusion inspirées par l'ennemi, loin de libérer les détenus de Vichy, ces autorités les ont maintenus le plus longtemps possible, en dehors de toute pression allemande (Voir Régime de Vichy en Afrique libérée(1942-43)).
Ainsi, cette obstination à maintenir, de telles mesures jusque dans le camp allié traduit-elle de façon éloquente et indiscutable les profondes convictions pro-nazies des hauts dirigeants vichystes.
Quelques personnalités du Gouvernement de Vichy :
- Philippe Pétain
- Pierre Laval (vice-président du Conseil)
- François Darlan (vice-président du Conseil)
- Fernand de Brinon (secrétaire d’Etat auprès du chef du gouvernement)
- Joseph Darnand (secrétaire général au maintien de l'ordre)
- Eugène Bridoux (général, secrétaire d'Etat à la Guerre, chef de l'état-major général de l'Armée)
- Marcel Déat (secrétaire d'État au travail)
- Jacques Doriot (fondateur de la LVF)
- Darquier, dit « de Pellepoix » (Commissaire aux Affaires Juives)
- Philippe Henriot (secrétaire général à l'Information et à la Propagande)
- Gabriel Jeantet
- François Lehideux (secrétaire d'État à la Production industrielle dans le gouvernement Darlan)
- Angelo Tasca (Ancien agitateur d'extrème gauche en Italie, devenu l'adjoint de Pierre Marion, PPF, Secrétaire à l'Information). Sa fille a été ministre sous Mitterrand.
- Xaxier Vallat Commissaire aux Affaires Juives)
- Jean Védrine (Chef du Secrétariat Particulier du Maréchal, antérieurement impliqué dans le complot de « la Cagoule »). Son fils a été ministre de Mitterrand.
Bibliographie
- Jean-Pierre Azéma et François Bedarida,Vichy et les Français, Paris, Fayard, 1996.
- Professeur François-Georges Dreyfus, Histoire de Vichy, Éditions de Fallois, 2004.
- Professeur Yves Maxime Danan, La vie politique à Alger de 1940 à 1944, L.G.D.J., Paris 1963.
- William Langer, Le jeu américain à Vichy, Plon, Paris 1948.
- Général Albert Merglen, Novembre 1942: La grande honte, L'Harmattan, Paris 1993.
- Henri Michel Vichy, année 40, Robert Laffont, Paris, 1967.
- Stéphane Courtois, Le PCF dans la guerre, Éditions Ramsay, 1979.
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