Résumé de Par-delà bien et mal

Ceci est un résumé de Par-delà bien et mal, de Friedrich Nietzsche (1886).

Notes brutes - presque complètes !

« la pesanteur de l’indignation morale, signe certain, chez un philosophe, que l’humour philosophique l’a quitté » (§ 25)

« sans même parler des méchants qui sont heureux, espèce que les moralistes passent sous silence » (§ 39)

« l’introduction de l’imbécillité parlementaire jointe à l’obligation pour chacun de lire son journal au petit déjeuner » (§ 208)

Kant : « le grand Chinois de Königsberg »

Sommaire

Résumé court

Vie et vérité

- Caractère inconscient de la pensée (3, 5, 20, 32, 193).
- Toute pensée est perspective (14, 34).
- Besoin ou nécessité de certains jugements (11, 12).
- Pas de lien entre vrai et bon (4, 35, 39, 59).

La morale

Evaluations de Nietzsche

- la valeur d’une action réside dans ce qu’elle a de non intentionnel (32)

- contrainte : naturelle et productrice de grandes choses (188)

- utilitarisme : astuce et sottise ; se protéger contre le danger qui menace de l’intérieur (198)

- mépriser ce qu’on aime (216, 283) (?)

- respect : mauvais s’il est étendu à toute la société (259) ; sinon, il est bon (260, 263)

- imposer ses devoirs à tous = les rabaisser (272)
- possibilité de morales plus hautes que la morale socratique (202)

Ce que veut Nietzsche

- ami de la vérité, mais ce n’est pas une vérité pour tous (43)

- pas sceptique (208), ou alors hardiement (209)

- La connaissance est un outil, elle n'est pas recherchée pour elle-même (210).

- C'est un créateur de valeurs, il commande et légifère (211).

- Il détermine la destination et la finalité de l’homme (211).

- il faut qu’il y ait de tels philosophes (211)

- étendue et diversité de l’esprit, contre la spécialisation (212)

- force de la volonté, contre son affaiblissement (212)

- solitaire, impénétrable, à l’écart (212)

- par-delà bien et mal, maître de ses vertus, surabondance de l’énergie du vouloir (212)

- pouvoir d’unir la totalité à la multiplicité, l’ampleur à la plénitude (212)

- volonté de puissance et de domination la plus déguisée, la plus intellectuelle (227)

- exalter la vie, affirmer (23, 56) ; cela implique d’exalter les instincts de haine, etc. => PBM

- élévation du type humain = élargissement de l’âme, états toujours plus élevés, plus rares, plus lointains, et de contenu plus riche (257)

- volonté de dépassement, plus fort, plus intense :

- le mal, la cruauté élèvent l’espèce (44)
- contre l’hédonisme : souffrance dépassement ; il faut plus de souffrance (225, 270)
- spiritualisation et approfondissement de la cruauté, ou plutôt sincérité (229, 230)
- rendre les humains plus forts, méchants, profonds, beaux (295)
- œuvre de sélection et d’éducation, à l’aide de religions, conditions pol et éco (61)
- « grandiose entreprise d’éducation et de sélection qui mette fin à l’effroyable règne du non-sens et du hasard qui s’est appelé « histoire » jusqu’à présent » (203)

Métaphysique (causalité, volonté, volonté de puissance)

- critique du « je pense » et de la causalité (16, 17)

- causa sui = contradiction interne (21)

- ni libre arbitre ni « serf arbitre » (causalité) (21)

- le cours du monde est nécessaire et prévisible non parce qu’il est soumis à des lois, mais parce que les lois y font absolument défaut (22)

- critique de la volonté (19)

- sentiment de libre arbitre = sentiment de supériorité à l’égard de celui qui obéit (19)

- vouloir = commander (19)

- on doit supposer que la volonté est la seule cause qui soit (36)

- la volonté ne peut agir que sur une volonté et non sur une matière (36)

- notre vie = élaboration & ramification d’une seule forme fondamentale de la volonté, la volonté de puissance (36)

- toute énergie agissante est volonté de puissance, monde = VP et rien d’autre (36)

- instinct cardinal ≠ de conservation de la vie mais de déploiement de la force (13) [cf. GS, § 349]

- notre vie = élaboration & ramification d’une seule forme fondamentale de la volonté, la volonté de puissance (36)

- toute énergie agissante est volonté de puissance, monde = VP et rien d’autre (36)

- la vie est VP, i.e. vouloir croître, s’étendre, s’accaparer, dominer (259)

Résumé linéaire

Première partie : Des préjugés des philosophes

1 Remettre en question la valeur de la vérité.

2 Postulat des métaphysiciens : les valeurs sont opposées, les valeurs ne procèdent pas des appétits et du monde éphémère, mais de Dieu, de « la chose en soi ». Mais on peut se demander (1) s’il existe des oppositions en général et (2) si ces oppositions ne sont pas des jugements superficiels.

3 « la majeure partie de la pensée consciente doit être imputée aux activités instinctives, s’agît-il même de la pensée philosophique »

4 « Nous ne voyons pas dans la fausseté d’un jugement une objection contre ce jugement (…). La question est de savoir dans quelle mesure un jugement est apte à promouvoir la vie, à la conserver, à conserver l’espèce, voire à l’améliorer, (…) l’homme ne pourrait pas vivre sans (…) fausser continuellement le monde en y introduisant le nombre. (…) Reconnaître la non-vérité comme la condition de la vie ».

5 Les philosophes « ne font que défendre, avec des arguments découverts après coup, quelque thèse arbitraire, quelque idée gratuite, une « intuition » quelconque ».

6 « [L]es intentions morales (ou immorales) constitu[ent] le germe proprement dit de toute philosophie. (…) [J]e ne crois pas que l’« instinct de la connaissance » soit le père de la philosophie, mais qu’un autre instinct, ici comme ailleurs, s’est servi de la connaissance (et de la méconnaissance) comme d’un simple instrument. » Peut-être les savants sont-ils un peu plus objectifs. La vie du savant est d’ailleurs indépendante de ses découvertes, alors que la production du philosophe révèle ce qu’il est.

7 Sur Épicure.

8 Du latin.

9 Critique de la possibilité (souhaitée par les stoïciens) de vivre « en accord avec la nature » car la vie est essentiellement différenciation d’avec la nature, indifférente, injuste, etc. Et si « vivre en accord avec la nature » signifie « vivre en accord avec la vie », comment pourrait-il en être autrement ? En fait les stoïciens visent le contraire : ils exigent que la nature soit conforme à leur doctrine. Les stoïciens voient la nature sous un aspect erroné. « La philosophie est cet instinct tyrannique lui-même, la volonté de puissance sous sa forme la plus spirituelle, l’ambition de « créer le monde », d’instituer la cause première. »

10 L’aspiration à la vérité, rare vertu, est du nihilisme, l’indice d’une âme désespérée et lasse à mourir. D’autres ont soif de vivre et cherchent l’âme immortelle, Dieu ; soif d’absolu, contre le bricolage positiviste. « [N]ous devons donner raison, aujourd’hui, à ces antiréalistes sceptiques (…). L’essentiel en eux n’est pas qu’ils veuillent rétrograder, mais qu’ils veuillent s’isoler. Un peu d’énergie, de hauteur, de courage, de sens artistique et ils s’évaderaient – au lieu de reculer ! »

11 Kant : les jugements synthétiques a priori sont possibles en vertu d’une faculté : joyeuse niaiserie allemande. Il est temps de remplacer la question {Comment les j.s.a.p. sont-ils possibles ?} par la question {Pourquoi est-il nécessaire de croire en de tels jugements ?}.

12 L’atomisme matérialiste est réfuté. Mais il faut déclarer la guerre au « besoin d’atomisme » et à l’atomisme de l’âme enseigné par le christianisme : la croyance qui tient l’âme pour quelque chose d’indestructible, d’éternel et d’indivisible, pour une monade ou un atomon.

13 L’instinct cardinal n’est pas celui de conservation de la vie mais celui de déploiement de la force. [cf. GS, § 349]

14- Les sciences sensibles (comme la physique) sont plébéiennes et grossières. La physique est une interprétation du monde, une adaptation du monde à notre propre entendement et non une explication du monde. Le positivisme est grossier.

15 Les organes des sens ne sont pas des phénomènes ; ils existent. Le monde extérieur n’est pas l’œuvre de nos organes car sinon nos organes sont l’œuvre d’eux-mêmes or causa sui = absurde.

16 Critique du « je pense », de la conscience de causalité.

17 Critique du « je pense » et même du « quelque chose pense » ; critique de la causalité.

18- Les théories réfutables attirent les réfuteurs (ex : théorie du libre arbitre).

19 Critique de la volonté. Tout acte de la volonté comporte une pluralité de sentiments : état initial, état terminal, mouvement entre les deux et sentiment musculaire. Tout vouloir comporte une pensée. La volonté n’est pas seulement amalgame sentiments & volonté mais avant tout un mouvement passionnel. Sentiment de « libre arbitre » = sentiment de supériorité à l’égard de celui qui doit obéir. Vouloir = commander (en soi-même). On ne veut, en général, que quand on pense que ça marchera => on croit que la volonté est toute-puissante. « Moi » ≠ unitaire.

20 Les philosophes explorent les philosophies possibles, situées sur une invisible orbite. Détermination sous-jacente des idées philosophiques. Influence de la grammaire inséparable de jugements physiologiques & traits raciaux (contre Locke).

21 La causa sui est la plus éclatante contradiction interne jamais forgée. Absurdité du libre arbitre et abus du « serf arbitre », la causalité. Critique de la causalité. Voir la causalité comme une contrainte est une erreur. [oui] Mobiles aux deux postures : les uns veulent être responsables de tout, les autres de rien.

22 Les lois naturelles ont semblé impliquer l’égalité pour les scientifiques de l’époque alors qu’elles impliquent peut-être la tyrannie. Le cours du monde est nécessaire et prévisible non parce qu’il est soumis à des lois, mais parce que les lois y font absolument défaut.

23 Une théorie qui fait naître les bons instincts des mauvais « choque le bourgeois ». Si on veut exalter la vie on doit exalter les instincts de haine, envie, cupidité, etc. = difficile = aller au-delà de la morale. => psychologie passe au premier plan.

Deuxième partie : L’esprit libre

24 La volonté de savoir s’est élevée sur la volonté bien plus forte de ne pas savoir. Volonté de savoir = expression plus raffinée de la volonté de ne pas savoir. Langage = foireux, grossier, ici comme ailleurs. La science aime l’erreur car, vivante, elle aime la vie.

25 Amis de la vérité, ne souffrez pas le martyre, masquez-vous !

26 Tout homme aspire à se retrancher. Mais l’homme qui se retranche n’est pas fait pour la connaissance. Raison et âme (aristocratisme).

27 Difficile de se faire entendre. Je fais tout pour être difficilement intelligible.

28 Goethe  lourd. À cause de la langue allemande, inapte au presto. Exception : Lessing. Pétrone : maître du presto. Aristophane : bon ! Machiavel : pensée soutenue, difficile, dure, dangereuse et rythme galopant.

29 Être indépendant = affaire d’un petit nombre, privilège des forts. S’il meurt il est si loin que les autres ne ressentent rien.

30 Aristocratisme. Un même livre a des effets différents sur les hommes supérieurs et inférieurs. Populaire = mauvais.

31 La jeunesse ne connaît pas la nuance, elle a le goût de l’absolu.

32* Préhistoire : morale utilitariste, des conséquences (époque prémorale). Puis l’humanité en est venue à juger la valeur d’une action d’après sa cause (période morale). On attribua l’origine d’une action à l’intention dont elle procédait. Valeur action = valeur intention. Aujourd’hui, début d’une période extra morale ? La valeur d’une action (pour Nietzsche) réside dans ce qu’elle a de non intentionnel. Intention = superficie, épiderme, qui révèle quelque chose mais dissimule encore plus = signe qui doit être interprété.

33 Remettre en question la morale d’abnégation, sacrifice en faveur du prochain, morale du renoncement de même que l’esthétique de la « contemplation désintéressée ». Ces sentiments plaisent à celui qui les nourrit, à celui qui en profite et au spectateur => prudence !

34 La pensée nous a joué un sale tour et continuera sûrement. La croyance en des « certitudes immédiates » est une naïveté morale. Accorder plus de valeur à la vérité qu’à l’apparence = hypothèse la plus mal fondée qui soit. Pas d’antinomie entre vrai et faux : degrés dans l’apparence. S’élever au-dessus de la grammaire (sujet, attribut, objet), s’en libérer.

35 Critique de Voltaire : quand l’homme ne cherche le vrai que pour faire le bien, je parie qu’il ne trouve rien.

36 Le donné suffit à comprendre le monde matériel comme une réalité du même ordre que nos passions, comme une préforme de la vie. Garder une seule espèce de causalité en la poussant jusqu’à ses dernières conséquences. En fin de compte la question est de savoir si nous croyons à la causalité de la volonté. La volonté est une cause => on doit supposer que la volonté est la seule cause qui soit. La volonté ne peut agir que sur une volonté et non sur une matière. Notre vie toute entière = élaboration & ramification d’une seule forme fondamentale de la volonté, la volonté de puissance. Toute énergie agissante est volonté de puissance. Monde = VP et rien d’autre.

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39 Qu’une philosophie rende heureux ou vertueux n’implique pas qu’elle soit vraie. Méchants et malheureux sont mieux armés pour découvrir certaines vérités. Pour être un bon philosophe il faut être sec, clair… (Stendhal)

40 « Tout esprit profond a besoin d’un masque ». Un masque se forme car il est mal compris. Tout ce qui est profond aime le masque. Image d’un homme qui se cache dans quelque chose de précieux et fragile par grossièreté.

41 Ne s’attacher à rien, ni même à son propre détachement. Savoir se garder.

42 Nouvelle race de philosophes = tentateurs.

43 Ces nouveaux philosophes sont amis de la vérité, mais ce n’est pas une vérité pour tous (i.e. : pas dogmatique). [aristo ; non ! relativiste !] « Bien commun » = contradiction : ce qui est commun a peu de valeur.

44 Ils seront de libres esprits. L’état de la société n’est pas la cause de tout le malheur humain. Tout ce qui tient en l’homme du fauve et du serpent sert aussi bien l’élévation de l’espèce « homme » que son contraire. Nous sommes des esprits libres et non de libres penseurs.

Troisième partie : Le phénomène religieux

45 Recherche difficile (car solitaire) mais agréable.

46 Foi chrétienne = sacrifice (liberté, fierté), dépréciation, asservissement, mutilation de soi-même. Ce fut le détachement de la foi qui indigna les esclaves et les dressa contre leurs maîtres. L’esclave veut de l’absolu, il ne comprend que ce qui est tyrannique. Ses souffrances se révoltent contre le goût aristocratique qui semble nier la souffrance. Le scepticisme à l’égard de la souffrance a contribué à 1789.

47 Comment la négation de la volonté (i.e., le saint) est-elle possible ? = Q à l’origine de la philosophie de Schopenhauer. Ce qui intéresse les hommes dans le saint c’est son air de miracle, i.e. la succession d’attitudes opposées. Mais ce « miracle » est une erreur d’interprétation à cause de la croyance en l’antinomie des valeurs.

48 Pour les latins incroyance signifie révolte contre l’esprit de la race ; pour les « barbares » du nord, retour à cet esprit. Cathos et protestants. Référence à Renan (critiqué).

49 La reconnaissance qui émane de la religiosité grecque est caractéristique d’une humanité pénétrée de noblesse.

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52 Le Nouveau Testament est ridicule à côté de l’Ancien : péché contre l’esprit.

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54 La philosophie actuelle est antichrétienne (mais pas antireligieuse) : elle attaque l’idée d’âme.

55 Cruauté religieuse : (1) sacrifier des êtres humains aux dieux (religions archaïques) ; (2) sacrifier ses instincts aux dieux (ascète) ; (3) sacrifier Dieu au néant (époque actuelle).

56 Celui qui se plonge dans le pessimisme arrive peut-être à l’idéal opposé : non seulement accepter la réalité, mais l’affirmer, la vouloir.

57 La puissance du regard agrandit le monde de l’homme. Un jour peut-être les notions de Dieu et de péché sembleront un jeu d’enfant, et l’homme aura besoin d’un autre jeu.

58 L’oisiveté est indispensable à la véritable vie religieuse (que ce soit pour examen de conscience ou pour prière). Pour cette activité le travail est l’incroyance. Le savant, petit nain prétentieux, croit avoir dépassé la religion, il la méprise.

59 « Celui qui a jeté un regard pénétrant sur les choses devine sans peine quelle sagesse il y a dans la superficialité des humains. C’est leur instinct de conservation qui leur apprend à être inconstants, légers et faux. » Culte des formes pures (certains artistes et philosophes). Artistes dans la mesure où ils aspirent à fausser l’image du monde. On pourrait classer parmi eux les religieux. Religions millénaires par crainte de sombrer dans un pessimisme incurable ; produit de la peur de la vérité. Volonté de surface et de non-vrai.

60

61 Le bon philosophe se servira des religions pour son œuvre de sélection et d’éducation comme il se servira des conditions politiques et économiques existantes. Rôle politique de la religion (pour les philosophes, lien avec le peuple ; pour l’élite, apprendre à se dominer et à dominer ; pour le peuple, satisfaction, justification, réconforte).

62* Inconvénient des religions : elles prétendent être des fins et non des moyens. Les religions sont des religions pour les ratés, ceux qui pâtissent de la vie. Pour cela elles durent mettre sens dessus dessous toutes les valeurs. Résultat : une espèce amoindrie, presque risible, un animal grégaire, quelque chose de bienveillant, de maladif et de médiocre, l’Européen d’aujourd’hui.

Quatrième partie : Maximes et interludes

63, 64 65* 65a* 66 … 74 75* 76, 77 78* 79 ? 80 … 91

92 Prétention.

93, 94 95* 96

97 Idéal.

98 … 107

108 Morale (cf. Wittgenstein).

109 … 128

129 Le diable est le plus vieil ami de la connaissance.

130 … 141

142 La parole la plus chaste que j’aie entendue : « Dans le véritable amour, c’est l’âme qui enveloppe le corps. »

143 … 147

148* Induire le prochain à prendre une bonne opinion de soi, puis croire candidement à cette opinion.

149 … 160

161 Les poètes n’ont pas de pudeur à l’égard de leurs sentiments : ils les exploitent.

162

163 On aime en autrui ce qui est rare en nous.

164, 165, 166, 167, 168, 169

170 Il entre plus d’indiscrétion dans la louange que dans le blâme.

171

172 173* 174 175* 176 177 … 185

Cinquième partie : Contribution à l’histoire naturelle de la morale

186 Les philosophes ont voulu fonder la morale sans s’abaisser à commencer par la décrire.

187 Morales = langage symbolique des passions (on vise de multiples buts à travers elles).

188 Toute morale est une tyrannie contre la nature et contre la raison. Toute liberté ne s’est jamais développée que grâce à la tyrannie de ces lois arbitraires. La « nature » est dans cette contrainte morale, et non dans le « laisser-aller ». Ex : l’état le plus naturel de l’artiste est loin du laisser-aller : en pleine liberté, dans les moments d’inspiration, il classe, ordonne, etc. Ce qui importe avant tout, c’est d’obéir longuement, et dans un seul sens : il en sort des choses raffinées, folles, divines. [valeur de la contrainte] La bêtise chrétienne (devoir prouver Dieu en toute chose) a éduqué l’esprit.

189 Stoïcisme  jeûne. Idem pour christianisme (c’est pourquoi dans cette période l’instinct sexuel s’est sublimé en amour passion).

190 Dans Platon il y a le socratisme (anti-aristocratique) malgré Platon.

191 Antique problème moral qui surgit avec Socrate : instinct ou raison pour juger les choses ? Socrate : raison. Athéniens : instinct. Depuis Platon, philosophes veulent montrer que instinct et raison convergent spontanément vers la même fin, le même bien, Dieu. Jusqu’à Descartes, qui ne reconnaît pas d’autre autorité que celle de la raison.

192 On perçoit mieux le connu que le nouveau. Les processus sensoriels les plus simples sont déjà régis par l’affectivité, peur, amour, haine, paresse. On invente la plus grande partie de ce qu’on perçoit. Nous sommes habitués à mentir, nous sommes artistes.

193 Influence des rêves sur la pensée consciente (voler en rêve influe l’idée de bonheur).

194 Être aimé pour ses vices. Les parents font de leur enfant un être qui leur ressemble, ils appellent cela « éducation ».

195* Origine de la morale : renversement des valeurs, révolte des esclaves.

196 Métaphore pour l’esprit, l’inconscient, le langage. (?)

197 La morale considérée comme crainte.

198 Toutes les morales qui se proposent de faire le « bonheur » de l’individu en proposant de maîtriser les passions de diverses manières ne sont qu’astuce et sottise. Morale comme crainte du danger qui menace la personne de l’intérieur.

199 Depuis longtemps troupeaux d’hommes et minorité de chefs => aujourd’hui, besoin inné d’obéir.

200 Homme qui aspire à faire la paix avec lui-même, entre ses différents instincts, et homme qui aspire à les laisser combattre avec art. Les deux types sont solidaires et procèdent des mêmes causes.

201* Condamnation progressive de la force par la morale.

202 Possibilité d’autres morales que la morale socratique, des morales plus hautes. Les anarchistes sont comme les démocrates : ils aspirent au troupeau autonome. Ont la religion de la pitié et de la sympathie.

203 Décadence démocratique. Espoir de « réaliser une grandiose entreprise d’éducation et de sélection et mettre fin par là à l’effroyable règne du non-sens et du hasard qui s’est appelé « histoire » jusqu’à présent ».

Sixième partie : Nous, les savants

204 « prendre parti contre la science à la manière des femmes et des artistes » La science prétend jouer le rôle du philosophe. Médiocrité de la philosophie actuelle.

205 Le philosophe a le devoir de porter un jugement ; il se risque continuellement lui-même, il joue le jeu dangereux.

206 Le savant est un roturier.

207 La recherche désintéressée de l’objectivité doit être aux mains d’un plus puissant. Le savant a du mal à éprouver amour ou haine. Il est un instrument, un esclave.

208 Le bon philosophe n’est pas sceptique. Le doux pavot du scepticisme pour les négateurs de la vie. Lassitude de la volonté. Volonté en Russie, Angleterre, Italie… « Le siècle prochain déjà apportera la lutte pour la domination universelle – l’obligation d’une grande politique. »

209 Autre variété, plus vigoureuse, de scepticisme : le scepticisme allemand, hardie dissection, intrépidité du regard…

210 Philosophes de demain. Le scepticisme ne sera pas le trait principal des philosophes de l’avenir. Ce seront des critiques, des expérimentateurs. Durs et délicats, n’approchent pas la vérité pour qu’elle leur « plaise », les « exalte » ou les « enthousiasme » : ils ne croiront guère que la vérité apporte de telles jouissances aux sentiments. Ils ne voudront pas être appelés critiques. À leurs yeux, c’est faire un affront à la philosophie que de décréter qu’elle est une science critique et rien d’autre. Pour eux les critiques sont les instruments du philosophe et comme tels il s’en faut de beaucoup qu’ils soient eux-mêmes des philosophes. [le philosophe est quelqu’un qui veut avant d’être un scientifique]

211 Philosophes de demain. La pratique scientifique n’est qu’un préalable à la philosophie. Sa tache exige autre chose : qu’il crée des valeurs. Les chercheurs (Kant, Hegel) rendent clairs les jugements de valeurs (« vérités ») précédents. Les philosophes commandent et légifèrent, ils disent « il en sera ainsi ! », ils déterminent la destination et la finalité de l’homme. Leur « connaissance » est création, leur création est législation, leur volonté de vérité est volonté de puissance. « Ne faut-il pas qu’il y ait de tels philosophes ? »

212 Philosophes de demain. Le philosophe, qui est nécessairement l’homme de demain et d’après-demain [cela signifie : il ne peut être celui d’aujourd’hui ?], s’est trouvé et devait se trouver à n’importe quelle époque en contradiction avec le présent. Les humanistes qu’on nomme philosophes avaient pour rude tâche de devenir la mauvaise conscience de leur temps. Ils cherchaient une nouvelle grandeur de l’homme, un chemin non frayé vers son accroissement. Face à un monde qui confine chacun dans une « spécialité », un philosophe serait contraint de placer la grandeur de l’homme dans l’étendue et la diversité de l’esprit, dans une totalité faite de multiplicité. Aujourd’hui le goût du temps amenuise la volonté ; faiblesse de la volonté répandue. La force de la volonté (aptitude à former des projets à long terme) devrait faire partie du concept de « grandeur ». Au XVIe siècle c’était l’inverse. L’égalité des droits pourrait bien se muer en réprobation générale de tout ce qui est rare, insolite, privilégié, en haine de l’homme supérieur. Idéal du philosophe : le plus solitaire, impénétrable, à l’écart ; l’homme par-delà bien et mal, maître de ses vertus, en qui surabonde l’énergie du vouloir ; pouvoir d’unir la totalité à la multiplicité, l’ampleur à la plénitude. La grandeur est-elle aujourd’hui possible ?

213 Qu’est-ce qu’un philosophe ? Les gens voient la pensée comme quelque chose de lent et pesant, alors qu’elle est légère et joyeuse comme la danse. Dans l’artiste la nécessité et le « libre arbitre » s’unissent. À la hiérarchie des problèmes correspond une hiérarchie des esprits : les empiristes plébéiens ne peuvent s’attaquer aux problèmes les plus élevés.

Septième partie : Nos vertus

214

215 Des morales diverses nous déterminent

216 Aujourd’hui on aime ses ennemis ; on apprend même à mépriser ce qu’on aime, ce qui est un progrès (dégoût de la morale).

217 218

219 Jugements moraux et condamnations morales = vengeance favorite des esprits bornés. ils compensent leur pauvreté matérielle par une égalité morale, et pour cela ont besoin d’un dieu.

220 Éloge de l’homme « désintéressé » car ce qui intéresse l’homme supérieur semble inintéressant à tout le monde. En fait tout est intéressé. Mythe de l’acte désintéressé ; origine dans le bon sens populaire ; tout est échange.

221

222 Dans le prêche de la pitié on entend le mépris de soi. L’homme moderne pâtit, et sa vanité veut qu’il se borne à compatir.

223

224 Mélange démocratique des classes et des races ; nous sommes devenus nous-mêmes une sorte de chaos ; l’« esprit » tire son profit d’une telle situation. Émergence du sens historique (i.e. la capacité de deviner la hiérarchie des jugements de valeur, l’instinct divinatoire qui lie l’autorité des valeurs à l’autorité des forces agissantes), qui se confond avec l’instinct de toutes choses et révèle ainsi sa roture : les aristocrates, fiers, sont peu enclins à s’ouvrir à l’étranger. Shakespeare : pêle-mêle du plus raffiné, du plus grossier et du plus artificiel. Le sens historique est en conflit avec le bon goût.

225* [Aphorisme symptomatique de toute la pensée de Nietzsche :] Le progrès plutôt que le plaisir. [ce qui est absurde] Aux « derniers hommes » s’oppose la force créatrice, la conscience d’artiste. Le bien-être n’est pas un but, c’est à nos yeux un terme. Vous voulez abolir la souffrance, nous la voulons plus grave et plus profonde. Contre l’amollissement et l’affaiblissement de l’homme. La souffrance est source de grandeur, de force, de ruse, de dépassement.

226-

227 Notre volonté de puissance et de domination du monde la plus déliée, la plus déguisée, la plus intellectuelle.

228 Danger de la philosophie morale et dandinement des philosophes de la morale. Prêcher une morale pour tous c’est condamner l’homme supérieur. Il existe une hiérarchie entre les hommes, donc aussi entre les morales.

229 Presque tout ce que nous nommons « civilisation supérieure » repose sur la spiritualisation et l’approfondissement de la cruauté. Grand plaisir de la cruauté, y compris envers soi-même. Négation de soi-même, mutilation, ascèse = vertige de la cruauté envers soi-même. Idem pour l’homme de connaissance.

230 Esprit  estomac : pouvoir de digestion. L’aspiration à l’apparence, à la simplification, au masque, bref à la surface est contrecarrée par la tendance plus noble à la connaissance (cruauté de la conscience intellectuelle et du goût). Il est plus exact de vanter en nous, non pas la cruauté, mais notre sincérité de très libres esprits. Recherche de la connaissance.

231 Les préjugés de Nietzsche (sur la femme) : il reconnaît que ce sont des préjugés.

232, 233, 234 : Sur les femmes.

235-

236, 237, 238, 239 : Sur les femmes et les hommes.

Huitième partie : Peuples et patries

240 La musique de Wagner, pesante, exprime le mieux ce que je pense des Allemands : ils sont d’hier et d’après-demain, pas encore d’aujourd’hui. 241 242 Les Européens se ressemblent de plus en plus, ils sont déracinés, pouvoir d’adaptation. Régressions : poussées de « sentiment national ». Ces ouvriers sans volonté qui ont besoin d’un maître favoriseront l’émergence d’hommes d’exception du genre le plus dangereux et le plus séduisant. La démocratisation de l’Europe est en même temps une école des tyrans, ce mot étant compris dans toutes ces acceptions, y compris la plus spirituelle. 243 (…) 249- 250 L’Europe doit aux Juifs le grand style dans la morale, l’horreur et la majesté des exigences infinies, des significations infinies, tout le romantisme sublime des problèmes moraux ; ce qui appartient au meilleur et au pire. Nous qui assistons en artistes et philosophes à ce spectacle, nous en sommes reconnaissants aux Juifs. 251 (…) 252 Il manque aux Anglais la puissance intellectuelle, la profondeur du coup d’œil, bref l’esprit philosophique. Cette race reste fermement attachée au christianisme, elle a besoin de sa rigoureuse discipline pour se moraliser et s’humaniser peu à peu. Ce qui heurte le plus chez l’Anglais, c’est son manque de musique. Pas même l’aspiration à la musique. (…) 256 (…)

Neuvième partie : Qu’est-ce qui est aristocratique ?

257* Toute élévation du type humain (i.e., élargissement de l’âme, états toujours plus élevés, plus rares, plus lointains, et de contenu plus riche) est l’œuvre d’une société aristocratique. 258* La société doit être au service de l’aristocratie, elle-même au service de « devoirs supérieurs », la réalisation d’un être plus élevé. 259* Le respect mutuel, s’il est étendu à toute la société, se révèle pour ce qu’il est : la négation de la vie, un principe de dissolution et de déchéance. Vivre = exploiter, etc. Un corps social sain cherche à dominer car il vit et la vie est volonté de puissance, i.e. volonté de croître, s’étendre, s’accaparer, dominer. 260* Il y a une morale des maîtres et un morale des esclaves, qui coexistent parfois dans une même âme. (1) Morale des maîtres : bon / mauvais = noble / méprisable. Lâche, peureux, mesquin, étroitement utilitaire : méprisé. Les jugements moraux furent d’abord appliqués aux hommes, puis aux actes. [en contradiction avec le § 32 et avec HTH, I, 39 ; OK : aristos d’abord, puis actes. Mais ça reste en contradiction avec l’autre version… Il faut voir la GM.] L’aristocratie est créatrice de valeurs. L’aristocrate secourt le malheureux, non par compassion mais par surabondance de force. Il prend plaisir à exercer contre lui-même sa sévérité et sa dureté. Respect de la tradition. Tenants des idées modernes : roturiers. (2) Morale des esclaves : pitié, altruisme, humilité, etc. Essentiellement utilitaire. Bon / méchant. Bon = celui dont on n’a rien à craindre. Besoin de liberté, instinct du bonheur. Morale aristocratique : exaltation du respect et dévouement. L’amour passion est d’origine noble. 261 Vanité = difficile à comprendre pour un esprit noble. Inspirer une bonne opinion de soi puis y croire. Sentiments de l’aristocrate (présomption, humilité…). L’homme attend d’être jugé pour se soumettre à ce jugement. [normal, non ?] 262 La communauté aristocratique est intolérante (elle défend sa particularité, à laquelle elle doit sa survie), elle fait de l’intolérance une vertu. Situation favorable => la tension se relâche : c’est la jungle, le danger reparaît à l’intérieur de l’individu. Les médiocres sont sélectionnés ; la morale est : « devenez médiocres ». 263 Valeur du respect, et donc de la Bible qui l’enseigne. [contradiction avec 259 ? Non : le respect est bon tant qu’il n’est pas étendu à toute la société. Il y a plusieurs respects.] 264 Importance de la race (caractères transmis) que l’éducation tente d’atténuer. 265 L’égoïsme (notre être a besoin que d’autres lui soient soumis et se sacrifient à lui) fait partie intégrante de l’âme aristocratique. Instinct de réciprocité dans l’âme noble. La notion de grâce lui est suspecte : le noble ne regarde pas vers le haut. 266- [cf. HTH, I, 547] 267 Civilisations usées : les hommes se rapetissent eux-mêmes. 268 Communication possible car expérience commune (=> plus facile entre compatriotes). => favorise le commun. 269 Le naufrage des âmes supérieures est la règle. Misère des grands hommes. Théorie sur Jésus et l’amour. 270 Celui qui a souffert est « plus haut ». La souffrance profonde ennoblit ; elle isole. Divers masques de légèreté des esprits profonds. 271 Le goût de la propreté, aristocratique, distingue et isole. Le saint éprouve de la pitié pour tout ce qui est humain, trop humain. 272* Noblesse morale : ne pas rabaisser ses devoirs pour en faire des devoirs pour tout le monde. 273- 274- Il faut de la chance pour qu’un homme supérieur parvienne à « percer ». 275- 276- Les grossiers supportent mieux les blessures. 277- Mélancolie des entreprises achevées. 278- Masque. 279- Hommes tristes qui se jettent sur le bonheur. 280- 281- 282- Aristocratisme. 283- Bon goût : louer les opinions qu’on ne partage pas. 284- Aristocratisme. 285- Être compris. 286- 287 Signe de l’aristocrate : la foi : respect de soi. 288 Enthousiasme pour dissimuler son esprit. 289* La philosophie est un masque. 290 Tout penseur profond craint plus d’être compris que d’être mal compris. 291 292- Le philosophe. 293 La pitié du fort a de la valeur. 294- Le rire. 295 Dionysos. Rendre les humains plus forts, plus méchants, plus profonds, plus beaux. 296* Pensées aussitôt écrites, aussitôt ternies, ennuyeuses.

Du haut des monts

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See also: Résumé de Par-delà bien et mal, Friedrich Nietzsche, Par-delà bien et mal