Révolution haïtienne
La Révolution haïtienne fut la première rébellion esclave réussie aux Amériques et établit Haïti en tant que république noire libre, la première de la sorte. Les historiens identifient traditionnellement le début de la révolte par une cérémonie vaudoue en août 1791 dirigée par Dutty Boukman. À l'époque, Haïti était une colonie de la France connue sous le nom de Saint-Domingue.
Après deux ans de troubles civils, Saint-Domingue est plongée à partir de 1791 dans une guerre civile complexe. Le conflit racial a trois côtés – celui des Blancs, des Gens de couleur (les métis de descendance africaine et française), et les Noirs (dont un bon nombre sont esclaves de naissance africaine), le pays est divisé par des rivalités régionales entre le Nord, le Sud, et l'Ouest ; par une lutte des classes entre les planteurs blancs riches (grands blancs), les blancs plus pauvres (petits blancs), les noirs libres ou gens de couleur (les affranchis), et les esclaves ; et finalement par le conflit entre les partisans de l'indépendance, ceux restant fidèles à la France, les alliés de l'Espagne, et les alliés de la Grande-Bretagne. Le cours du conflit est intimement lié à celui de la Révolution française qui est largement bien accueillie sur l'île lors de son début en 1789. Cependant les diverses classes et parties changent d'avis vis-à-vis de l'Hexagone à plusieurs reprises.
L'indépendance est d'abord revendiquée surtout par les planteurs blancs riches, les grands blancs, qui sont offensés par le règlement mercantiliste de l'économie de l'île par la France. Cette classe se réalignera majoritairement aux royalistes et aux Anglais après quelques années de révolution.
Les affranchis, dont les dirigeants notables sont Julien Raimond et Vincent Ogé, ont lancé un appel à la France pour la pleine égalité civile sans distinction de couleur. La Convention nationale les satisfait enfin en 1792 quand elle proclame l'égalité de toutes les personnes libres aux colonies françaises ; la Convention envoit Léger-Félicité Sonthonax à Saint-Domingue pour s'assurer que les autorités coloniales se conforment à la nouvelle loi.
De plus grandes perturbations sont en cours, comme le soulèvement d'esclaves qui débute en août 1791 et mené par Jean François et Biassou, qui s'associent aux autorités royalistes espagnoles à Saint-Domingue. La révolte servile commence aux plantations de la Plaine du Nord et se diffuse à travers la colonie. Les esclaves brûlent les plantations où ils s'étaient contreints d'œuvrer ; il tuent souvent les maîtres, les contrôleurs et d'autres Blancs. Le commandant noir le plus connu était Toussaint L'Ouverture, un ancien esclave domestique. Le général français Étienne Laveaux le convainct de se ranger à ses côtés en mai 1794 et de combattre pour la République française contre les Espagnols ; en attendant, Sonthonax proclame l'abolition de l'esclavage en 1793.
Sous la direction militaire de Toussaint, les esclaves rebelles gagnent du terrain et reconstituent la majeure partie de Saint-Domingue comme province française. Cependant, Toussaint ne souhaite pas rendre la puissance à Paris, et il gouverne le pays comme un état autonome. Toussaint chasse ses rivaux du pays au fur et à mesure (y compris Sonthonax, André Rigaud, et Hédouville). Il défait la force expéditionnaire britannique en 1798, et il entreprend même une invasion de la partie espagnole de Saint-Domingue en 1801 tout en libérant les esclaves de cette partie de l'île.
En même temps, Toussaint créé une constitution pour Saint-Domingue qui prévoit l'autonomie insulaire et se proclame Gouverneur à la vie. En représailles, Napoléon Bonaparte expédie une flotte de soldats français, menée par son beau-frère Charles Leclerc, pour prendre le contrôle de l'île. Trompé par de fausses garanties, Toussaint est fait prisonnier ; il est embarqué pour la France où il meurt deux ans après, toujours emprisonné au Fort-de-Joux. Pendant ces quelques mois, l'île est quasiment tranquille sous la domination napoléonienne, mais en octobre 1802, les généraux haïtiens se révoltent sous Jean-Jacques Dessalines (l'un des généraux de Toussaint et comme lui un ancien esclave). Dessalines mène la rébellion à partir de ce moment jusqu'à la victoire finale contre les forces françaises à la bataille de Vertières en 1803.
Le 1er janvier 1804, Dessalines déclare l'indépendance d'Haïti comme république libre ; elle rejoint donc les États-Unis comme la deuxième nation indépendante des Amériques. Cependant, étant donné que la France et ses alliés obtiennent en 1852 qu'Haïti paye des réparations de 90 millions de francs d'or (quelques 17 milliards d'Euros) aux propriétaires d'esclaves français, Haïti sera obligée de payer son indépendance à la France pendant les cent ans à venir. Elle devient par conséquent la nation la plus appauvrie d'Amérique.
La fin de la Révolution haïtienne en 1804 marque la fin du colonialisme, mais elle laisse au pouvoir l'élite affranchie et l'armée haïtienne. Elles se divisent en deux factions : les défenseurs d'Alexandre Pétion qui sont principalement mulâtres ou d'anciens libres, et ceux d'Henri Christophe qui sont largement noirs ou de nouveaux libres. Ces deux factions prendront la direction de la plupart des entreprises du pays.
En 2004, Haïti fête le bicentenaire de son indépendance.
