Révolution orange
Orange_ribbon,Ukraine_presidential_elections_2004.png
Symbole de la Révolution orange
La Révolution orange est une série de manifestations, de grèves de travail et de grèves d'occupation qui ont eu lieu en Ukraine suite à l'élection présidentielle ukrainienne de novembre et décembre 2004. Sous l'égide de ce mouvement apparemment spontané — soutenu et organisé par le candidat à la présidence Viktor Iouchtchenko, déclaré le 28 décembre 2004 comme vainqueur des élections, et par Ioulia Tymochenko, l'actuelle Premier ministre, environ un demi-million de manifestants se sont mobilisés à Kiev et plus encore à travers le pays.
| Sommaire |
Historique
Le premier et le deuxième tour
Au premier tour de l'élection, le 31 octobre 2004, Viktor Iouchtchenko a obtenu 39,87 % des voix et Viktor Ianoukovitch en a obtenu 39,32 %. Aucun candidat n'a atteint les 50 % de votes nécessaires pour une victoire au premier tour. La commission électorale ukrainienne a initialement annoncé Ianoukovitch comme nettement vainqueur et a tardé à fournir les résultats officiels. Des observateurs internationaux présents pour surveiller les élections ont rapporté de nombreuses fraudes et irrégularités à travers le pays. Les sondages de sortie des urnes ont indiqué que Iouchtchenko avait probablement obtenu plus de votes que ceux indiqués par les résultats officiels, surtout dans les provinces centrales et occidentales du pays.
Au deuxième tour, qui a eu lieu le 21 novembre 2004, Ianoukovitch a obtenu 49,42 % des voix et Iouchtchenko en a obtenu 46,69 %. Les sondages de sortie indiquaient pourtant une avance de 11 % pour Iouchtchenko. Des observateurs étrangers ont rapporté des irrégularités et des allégations de fraude électorale furent avancées. Iouchtchenko et ses partisans ont refusé les résultats officiels. Ils ont alors organisé des rassemblements de protestation à travers le pays et ont incité à une grève générale. Plusieurs municipalités, dont celles de Kiev et de Lviv, ont annoncé qu'elles n'acceptaient pas la présidence de Ianoukovitch.
Le début de la révolution orange
Orange_revolution_kyiv.jpg
Le 23 novembre 2004, une manifestation pacifique rassemblant environ un demi-million de défenseurs de Iouchtchenko a eu lieu sur la place de l'Indépendance à Kiev, devant le siège du parlement ukrainien, la Verkhovna Rada.
Malgré le froid et la neige, les manifestants sont restés dans les rues. Ils arboraient des drapeaux de couleur orange, symbole principal du mouvement. De nombreuses banderoles oranges portant le slogan Tak! Yushchenko! (tak signifie « oui » en ukrainien) figuraient dans les cortèges. À l'intérieur de la Verkhovna Rada, Iouchtchenko a prêté symboliquement serment comme président, devant les défenseurs du parlement.
La logistique de cette manifestation semble avoir été largement prévue par les organisations Pora et Znayu, qui ont des liens avérés avec le mouvement Otpor qui avait réussi à faire chuter l'ex-président serbe Slobodan Milošević en juillet 2000 et s'était déjà impliqué dans la Révolution des roses georgienne de décembre 2002, ainsi que dans les tentatives de renversement du régime dictatorial biélorusse de 2001 et 2004.
L'ex-pouvoir ukrainien, le gouvernement russe ainsi que des groupes occidentaux d'extrême gauche ont noté que ces organisations sont largement financées par des institutions telles le Konrad Adenauer Institute, proche de la CDU, l'Open Society Institute de George Soros, le National Democratic Institute, proche du parti démocrate américain et la Freedom House, proche du gouvernement américain. Ils ont accusé les États-Unis d'avoir organisé une manipulation de la population ukrainienne pour étendre leur zone d'influence.
Les gouvernements occidentaux, malgré la ferme opposition russe de Vladimir Poutine, ont soutenu l'irrégularité des élections, tandis que Poutine et le président biélorusse Loukachenko ont été les seuls à reconnaître l'élection de Ianoukovitch et à le féliciter, avant même qu'elle ne soit proclamée par la commission électorale ukrainienne.
Le troisième tour
Après des négociations difficiles, les deux partis, aidés par l'Union européenne, ont convenu de tenir un troisième tour le 26 décembre 2004. La constitution ukrainienne a également été modifiée par la Rada dans un sens plus parlementaire, mais elle n'entrera en vigueur qu'en 2006.
La presse internationale a qualifié ce mouvement de « révolution orange » et a souligné l'absence presque totale d'incidents violents, ainsi que la prise de conscience politique des Ukrainiens. En 2001, un mouvement de protestation contre le président Koutchma avait dégénéré en affrontements avec la police.
Suite à la tenue du troisième tour, Viktor Iouchtchenko fut crédité de 51,99 %, contre 44,19% pour son rival, Viktor Ianoukovitch. Ce dernier a, peu après, annoncé qu'il porterait plainte contre les nombreuses fraudes que les partisans de Viktor Iouchtchenko auraient commises. Les quatre plaintes qu'il a déposées ont été invalidées par la Cour suprême ukrainienne.
Pendant ce temps, plusieurs citoyens ont porté plainte, individuellement, contre des fraudes dont ils ont été témoins. Les plaintes furent reçues par fax et le contenu de la plupart des plaintes était identique - seuls le nom et la signature différaient. Ces plaintes ont retardé la proclamation officielle de la victoire de Viktor Iouchtchenko.
Le 29 décembre, des partisans de Iouchtchenko ont, à sa demande, bloqué l'accès au siège du gouvernement afin d'empêcher la tenue d'un conseil des ministres. Selon Iouchtchenko, le gouvernement n'avait plus le droit de réunion, puisqu'il fut dissout par le parlement suite aux fraudes lors du second tour. Cependant, vis à vis de la loi ukrainienne, cette dissolution doit être approuvée par le président ukrainien, Leonid Koutchma, ce qui n'a pas été le cas. Suite au dépouillement des bulletins de vote du troisième tour, Leonid Koutchma a déclaré que le perdant devait annoncer sa défaîte.
Le 31 décembre, Viktor Ianoukovitch a finalement démissionné de son poste de premier ministre sans toutefois reconnaître sa défaite. Il annonça qu'il utilisera tous les moyens légaux pour faire invalider ce troisième tour. Le 20 janvier 2005, la Cour Suprême ukrainienne a rejeté la plainte de Viktor Ianoukovitch et annnoncé que cette décision était sans appel, de ce fait, Viktor Iouchtchenko fut déclaré vainqueur de l'élection présidentielle.
Le 23 janvier, Viktor Iouchtchenko a prêté serment et investi la présidence de l'Ukraine. La Révolution orange fut donc une réussite.
