Sans-culotte
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lettre i
Sans-culotte est le nom donné à partir de 1791, pendant la Révolution française, aux militants révolutionnaires. Le sans-culotte est le personnage emblématique de la Révolution populaire française. Les sans-culottes étaient majoritairement de Paris, même s'il y avait des révolutionnaires dans toute la France.
Le nom même donnait à la sans-culotterie une dimension culturelle essentielle. Ne portaient pas de culottes ceux qui portaient un pantalon, c'est-à-dire ceux qui travaillaient de leurs mains. Travailleur manuel, tapissier chez Réveillon ou typographe des Lumières, ouvrier du meuble ou artisan des Gobelins, le sans-culotte tira, à partir de l'événement révolutionnaire, fierté de son métier. Le renversement des valeurs traditionnelles se manifestait clairement par là : les privilégiés que leur naissance dispensait du travail, auxquels leur formation faisait mépriser l'ouvrage manuel, devinrent un objet de dérision constant.
À partir de 1791 surtout, lorsque la fuite à Varennes (20-26 juin) puis le massacre du Champ-de-Mars (17 juillet) eurent clairement montré qu'une partie des élites avaient rejoint le camp de la réaction en couvrant la trahison du roi et en faisant mitrailler le peuple, les militants des sections parisiennes firent de leur costume un manifeste politique contre le régime de monarchie constitutionnelle censitaire.
Outre le pantalon, rayé souvent aux trois couleurs, le sans-culotte était vêtu de la blouse et du gilet ou de la veste (carmagnole), chaussé des sabots qui marquaient son appartenance au peuple travailleur. Il se coiffait du bonnet phrygien, un bonnet normalement utilisé pour protéger ses cheveux dans certaines professions ; un bonnet renvoyant aux révoltes du XVIIe siècle ou à celles, plus nobles car plus antiques, des esclaves phrygiens. Les représentations iconographiques, largement diffusées sous formes de gravures ou d'estampes vendues à la criée, idéalisaient le corps du sans-culotte, robuste, musclé, équilibré, que tout opposait aux corps monstrueux des privilégiés, évêques obèses passés au «dégraisseur patriotique» ou nobles filiformes et émaciés, roi-cochon ou reine-autruche («l'Autruchienne»), ayant perdu toute dignité et tout droit au respect.
Le théâtre révolutionnaire (Sylvain Maréchal, le Jugement dernier des rois) fit du sans-culotte le symbole de la justice naturelle.
Le sans-culotte trouvait en effet l'une des sources de son efficacité politique dans la fascination rousseauiste de nombre des hommes des Lumières pour le travail manuel. Lecteurs de l'Encyclopédie, débiteurs vis-à-vis des sans-culottes qui avaient fait à Paris la Révolution, sauvant ainsi l'Assemblée nationale constituante, les chefs politiques de la Révolution marquèrent jusqu'à la chute de Robespierre leur attachement : le tutoiement démocratique fut ainsi imposé, remplaçant le servile vouvoiement, durant la Terreur.
Quelques journalistes surent admirablement coller à ce peuple combattant et révolutionnaire : Marat et son Ami du peuple et, dans un tout autre registre, Hébert et son Père Duchesne. Ils en furent longtemps les porte-paroles, plus que les guides, incontestés. Les sans-culottes se rassemblaient, d'une part, dans les assemblées des sections et, d'autre part, dans les clubs. Les assemblées des sections, organismes de la vie de quartier institués dès 1790, n'accueillaient en principe que les citoyens actifs ; cependant, le rôle primordial joué par nombre d'ouvriers et petits artisans, ainsi que le fait qu'ils étaient restés armés depuis 1789, leur donna voix au chapitre. Les clubs surtout — club des Cordeliers, club de l'Évêché, Société fraternelle des deux sexes, Club helvétique — furent l'instrument dont les sans-culottes se servirent pour influencer la vie politique. Le club de l'Évêché, issu des Cordeliers, joua un rôle important dans la préparation du 10 août, jour de la prise des Tuileries et de la chute du trône. À partir de septembre 1792, le club des Jacobins s'ouvrit aux citoyens les plus pauvres : il devint dès lors le plus important des lieux de réunion pour les sans-culottes.
Ceux-ci manifestaient leurs revendication par des pétitions des sections présentées aux assemblées (Législative, puis Convention) par des délégués ; il y eut ainsi une succession de pétitions réclamant l'arrestation des chefs girondins avant l'insurrection du 31 mai au 2 juin. L'insurrection, la « journée », était le second moyen d'action. Le recours à la violence armée fut utilisé fréquemment du 10 août 1792 aux vaines émeutes de germinal et prairial an III. Les émeutiers, appuyés par les canons de la garde nationale à laquelle ils appartenaient, venaient montrer leur force menaçante pour obtenir gain de cause. De leur détermination et de la capacité de résistance du pouvoir politique dépendait évidemment le succès de la tentative : réel le 10 août ou le 2 juin, il fut nul durant la période de la Convention thermidorienne.
Avec la mise en place, en 1792 et 1793, des comités de surveillance, les sans-culottes eurent un troisième moyen de pression sur le politique : la police et les tribunaux reçurent par milliers les dénonciations des traîtres et conspirateurs supposés. Pour l'efficacité de la Terreur, la surveillance révolutionnaire exercée par les sans-culottes était indispensable. Celle-ci abolie par la Convention thermidorienne vint le moment où les sans-culottes, privés du club des Jacobins, désarmés, fichés et suivis par une police remarquablement infiltrée, durent abandonner leur pouvoir de pression. La République ne serait plus ni sauvée, ni dirigée par leur colère, mais par les militaires.
