Sociologie de la musique


Branche de la sociologie, la sociologie de la musique interroge le fait sociologique dans son rapport avec la création musicale. A contrario, elle s'intéresse aux décalages possibles entre la réception d’un art très souvent lié à une réflexion théorique, et les adaptations de l'écoute des mélomanes qui sont souvent en décalage flagrant avec ces théories a priori. Henri Pousseur s’est fait le héraut de l’étude scrupuleuse des rapports de l’artiste — donc, bien entendu, du musicien — au vécu et à la société. L’art organise les rapports du monde au monde, et influe sur les projections et sur les communications. L’art n’est pas seulement une pensée individuelle et individualiste. Il est aussi action et interférence sur la conscience collective. Par l’image que nous nous formons du monde grâce à lui, notre prise de conscience de notre place dans ce monde s’organise ; l’esprit du temps peut fortement influencer tous les a priori paradigmatiques de notre représentation comme le montrèrent Kuhn, Foucault, Morin et bien d’autres. Dans ces conditions, l’artiste est obligatoirement une présence dans la culture générale de son environnement, qui reflète ces préoccupations, et demeure ancré dans son époque. Il subit les influences de cet environnement et réciproquement encourage le développement de certaines valeurs

La sociologie de la musique montre comment la réception de la musique fait appel à une mémoire commune entre la source et le destinataire, mémoire qui permet de s’appuyer sur un certain nombre de références, de suggestions. Elle aborde alors le terrain du cognitif. Deux catégories de musique continuent à cohabiter : une musique écrite — musique de l’œil — et une musique dont la transmission n’est qu’orale, apanage de la plupart des musiques extra-occidentales. Pour ces musiques extra-européennes, une branche de la musicologie a vu le jour, l'ethnomusicologie : anthropologie du fait musical, elle l'envisage dans ses dimensions à la fois formelles, esthétiques et socio-culturelles, et étend ses recherches à la fois vers la création musicale et vers les rapports entre musiciens et société.

L’artiste, dans ces deux cultures totalement différentes, est confronté au souci de la pertinence — dans le contexte culturel de sa création, à savoir géographique, historique, mais aussi structurel et philosophique. Il est soumis aux mêmes problèmes que pour toute tentative de communication : l’œuvre et son auteur sont rapports au monde, et en ce sens, un souci d’effectivité guide les intentions et transmuent le désir de respecter l'authenticité de la tradition. La mémoire de l'œuvre construit un certain futur qui influencera la création à venir.

La sociologie de la musique ne cherche pas tant à analyser des fondements culturels universels mais recherche plutôt comment se bâtit la mémoire collective autour des formes de composition et de leur réception.

Sommaire

Sociologie de la musique occidentale

En ce qui concerne la musique occidentale, les analyses sociologiques de Max Weber, ont démontré les tendance des formes musicales à évoluer vers l’abstraction, le calcul, la rationalisation, tendances confirmées au XXe siècle mais qui sont en fait omniprésentes. L’analyse historique des évolutions de cette complexification prouve, s’il en était besoin, que le compositeur est parvenu à un stade où il est difficile de ne pas confondre complexité et complication : les compositeurs ne sont en général compliqués que lorsqu’ils ne savent pas être complexes ; dans ces œuvres musicales compliquées, seul le décodage — au sens de la théorie de l'information — reste plus difficile, mais le contenu de la musique n’en est pas obligatoirement plus riche.

L’art ne cherche pas à être en phase avec son époque. Mais, dans la mesure où il manie un matériau par principe in-ouï et que la réceptivité du matériau nouveau ne peut s’émanciper des phases progressives d’une initiation à ce nouveau monde sonore et musical, le compositeur occidental opère une véritable création sans connaître les bases culturelles de la réception.

Rappelons que les deux sens de l’art sont la vue et l’ouïe, car leurs champs opératoires s’étendent de l’immédiateté aux profondeurs de l’inconscient. La musique devrait établir une adéquation entre la réception des données de notre environnement et leur mise en forme, mais avec des critères autres que ceux de l'immédiateté propres à la vue. Il existe donc des formes d’apprentissage de la réception sociale — apprentissage pouvant être plus ou moins long — qui permettent de participer à la construction de conduites d’écoute. La musique suppose que soient prises en compte des stratégies d’écoute, écoute intérieure du compositeur, écoute extérieure propre à la réception sociale. Ces stratégies parcourent l’œuvre musicale par un processus sensible cherchant à atteindre les profondeurs de la personnalité sociologique de chaque être. C’est entre autre le fondement de ce que Hans Robert Jauss qualifie d’esthétique de la réception .

Voir aussi

Liens internes

Bibliographie


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See also: Sociologie de la musique, Art, Cognition, Compositeur, Culture, Ethnomusicologie, Forme (musique)