Sociologie des réseaux


Pour la réalisation de cet article, nous nous sommes essentiellement basé sur l’ouvrage de Vincent Lemieux sur les réseaux d’acteurs sociaux . En effet, la notion de réseau, ne faisant pas l’objet d’un consensus théorique, est en constante évolution. Les sociologues travaillant sur la notion de réseau se contredisent, apportent de nouvelles idées… C’est de ce fait le choix de l’ouvrage théorique le plus récent s’imposait. C’est pourquoi nous nous fondons, hormis quelques articles parus dans l’année sociologique, exclusivement sur ce livre.

Dans Les réseaux d’acteurs sociaux, Vincent Lemieux fournit une synthèse de tous les courants et propose une présentation de la notion ainsi que sa définition complète. Ensuite, il détaille tous les réseaux possibles et leur mode de fonctionnement.

1. La notion de réseaux

La notion de réseau est aujourd’hui très répandue. En effet, nous sommes entourés de réseaux de transports, de communications,… Vincent Lemieux, dans son ouvrage, s’intéresse seulement aux réseaux d’acteurs sociaux, c’est à dire aux réseaux qui relient des acteurs sociaux individuels ou collectifs.

Vincent Lemieux explique que le fondement de l’étude des réseaux passe par l’analyse systématique des relations et des liens que tissent les membres des réseaux étudiés. Cette analyse se fonde sur des graphes représentants les relations entre les acteurs. Par exemple, « l’analyse d’un graphe permet entre autre de dire qu’il y a trou structural lorsque deux acteurs sont reliés directement à un troisième acteur, sans être directement reliés entre eux » .

Dans l’organisation des réseaux, Vincent Lemieux ajoute qu’un des objectifs de l’analyse réticulaire est de déceler les principes d’organisation sous-jacents aux relations telles qu’elles apparaissent dans les graphes. Vincent Lemieux explique que les relations obéissent à certains principes. Dans notre travail sur une étude des réseaux auxquels participent Edmond de Goncourt il semble important de comprendre que, par exemple, « l’ami de mon ami soit mon ami, que l’ami de mon ennemi soit mon ennemi et que l’ennemi de mon ennemi soit mon ami » .

1.1 Une définition des réseaux


« Les réseaux sont des systèmes d’acteurs sociaux qui, pour des fins de mise en commun de la variété dans l’environnement interne, propagent la transmission de ressources en structures fortement connexes » . À cela nous ajouterons que ces systèmes en question peuvent eux-même être organisés (une entreprise par exemple) ou non (comme un réseau d’amis) .L’essentiel dans cette analyse est que l’objet soit bien la relation entre éléments (ils peuvent être des amis, des ménages, des associations,…).

À cette définition,  Vincent Lemieux ajoute celle d’appareil qui lui est opposée : « les appareils sont des systèmes d’acteurs sociaux qui, pour des fins de mise en ordre de la variété dans l’environnement externe, contraignent la transmission de ressources en structures faiblement connexes » . Les appareils, quant à eux, sont plus orientés vers leur environnement externe pertinent, fait des systèmes avec lesquels ils ont des relations. 
 

2. Réseaux et appareils

2.1 La formalisation des liens


Dans notre article, nous utiliserons la terminologie proposée par Vincent Lemieux dans son ouvrage sur les réseaux d’acteurs sociaux. Il préfère utiliser la notion de liens positifs et négatifs plus générale que celle entre amitié, affinité, solidarité,… d’une part et inimité, hostilité,… d’autre part. Il parle aussi de liens d’identification et de différenciation, pour indiquer que, par les liens positifs, les acteurs sociaux se considèrent comme participant à une entité semblable, alors que par les liens négatifs, ils se considèrent comme appartenant à des entités différentes .


2.2 Cohésion et connexité dans les réseaux d’acteurs sociaux


Il faut également tenir compte du fait que, dans les systèmes d’acteurs sociaux, il y a un principe de cohésion ou de « groupabilité » sous-jacent. Les acteurs sont donc « “groupables” en des pôles, à l’intérieur desquels tous liens, s’il y en a, sont positifs, les liens avec l’extérieur, s’ils existent, étant négatifs » .

Pour comprendre certains liens dans un groupe donné, il faut tenir compte de cette remarque de Vincent Lemieux : « l’existence de liens mixtes introduit le plus souvent de l’ambivalence. Si par exemple, il y a un lien mixte entre une personne A et une personne B, il y a groupabilité à certains égards et non-groupabilité à d’autres. Cette cohésion équivoque peut-être à l’avantage des acteurs ainsi liés, en ce qu’elle leurs permet de négocier leur appartenance ou non à un pôle » .

Un autre point utile à préciser nous est donné par Alexis Ferrand qui, dans son article sur la structure des systèmes de relations , estime que les réseaux sont des agencements animés par une dynamique du renouvellement car, selon lui, un lien émerge, dure puis disparaît. L’organisation sera dite stable si un nouvel élément est analogue à celui qui a disparu. Alexis Ferrand pose également un deuxième postulat nécessaire à la bonne compréhension de la notion de réseau : celui du choix. Le conditionnement des relations établies dans un réseau est compris comme résultant d’une décision d’acteurs opérant un choix. Cette vision fait d’un seul acteur le sujet décisionnel alors que l’établissement d’un lien est le résultat du processus d’interaction entre deux partenaires. Alexis Ferrand expliquera donc l’établissement d’un lien entre deux personnes comme le résultat d’une négociation entre ces deux derniers. Il faut également se rendre compte que, pour établir un nouveau lien, un acteur s’intéresse à une portion plus ou moins étendue du réseau autour de lui. L’acteur social anticipera les comportements de tiers : par exemple, « un acteur qui souhaiterait entrer dans un groupe peut soit chercher à percevoir l’ensemble des interrelations en participant à un rassemblement des membres, soit s’en tenir à une information limitée s’il suppose qu’elle est représentative » .

3. Les réseaux de communication


Dans notre article, nous nous contenterons de considérer essentiellement deux types de réseaux : les réseaux de communication et les réseaux d’affinités.

Selon Claude Flament , un réseau de communication est l’ensemble des possibilités matérielles de communication. Il dit également qu’une structure de communication est l’ensemble des communications réellement échangées par le groupe.

Par toute une série d’expérimentations effectuées en laboratoire ou sur le terrain, Vincent Lemieux déduit la forme de cinq types de réseaux de communication : 1: réseau complet centralisé 2: réseau circulaire 3: réseau en chaîne 4: réseau en Y 5: réseau centralisé

Ce sont différents réseaux complets de communication entre cinq personnes. Nous rapportons ici l’explication produite par Vincent Lemieux : « Le premier [1] est un réseau intégral fortement connexe avec une grande densité (10). Le deuxième est un réseau avec une densité plus faible (5). Le réseau circulaire [2], le réseau en chaîne [3], le réseau en Y [4] et le réseau centralisé [5] sont quant à eux des quasi-réseaux, où tous les sujets sont des transconnecteurs, mais où il n’y a pas de biconnexion directe entre les sujets » .

La popularité d’un sujet dépend de sa position dans le réseau. Dans le réseau complet ou circulaire, aucun sujet ne semble avoir de position centrale donc aucun leader ne se dégage. Par contre, dans les trois autres types de réseaux, les sujets en position centrale sont les plus populaires.

3.1 Les liens serrés, mi-serrés et lâches


Dans l’étude des réseaux de communication, Vincent Lemieux parle de liens forts et de liens faibles ou plutôt de liens serrés ou lâches pour exprimer l’idée que dans certaines relations entre les acteurs il y a beaucoup de mise en commun, alors que dans d’autres relations il y en a moins. Pour caractériser les liens, l’analyste posera par exemple une question sur leur fréquence entre les individus enquêtés ou observés. Entre les liens serrés et lâches se situent les siens mi-serrés : « ceux-ci sont des liens mixtes faits d’identification et de différenciation à la fois » .

4. Les réseaux d’affinité

Par réseaux d’affinité Vincent Lemieux entend ceux qui relient des amis et des proches qui, sans être apparentés, ont entre eux des relations positives dans l’ordre de l’appartenance.
 


4.1 Les réseaux d’amis et de voisins


L’affinité par l’amitié se traduit par des liens positifs serrés et des connexions variées entre les amis . L’ensemble de ces connexions dessine des cliques, au sens de la théorie des graphes, c’est-à-dire des réseaux intégraux. Selon Vincent Lemieux, il importe de comprendre qu’une clique, comme un réseau d’amis, n’est pas forcément en conflit avec une ou d’autre cliques, à la différence des « rassemblements pour l’action » (action-sets) et des factions . Cette caractéristique soulevée par Vincent Lemieux nous semble importante car elle signifie qu’un réseau intégral, à la différence d’autres systèmes ayant des finalités de mise en ordre n’a pas forcément de liens négatifs avec les acteurs de son environnement externe pertinent.

4.2 Affinité et hostilité


L’hostilité, faite de liens négatifs, est le contraire de l’affinité, qui repose sur des liens positifs entre les acteurs. L’étude de ces liens peut montrer que les différents groupes impliqués dans un réseau (quel qu’il soit) obéissent au principe de groupabilité .

On peut formaliser ces liens à l’aide de réseaux sociométriques . Vincent Lemieux estime que l’avantage de l’utilisation des réseaux sociométriques est qu’elle se fonde sur des recherches effectuées en extérieur, dans des conditions réelles et non pas dans des laboratoires. Cela consiste à interroger des acteurs sur leurs choix de compagnons pour une ou plusieurs activités (dans le cas d’équipes sportives avec des étudiants par exemple).

Après avoir établis ces réseaux sociométriques, il faudra étudier la valuation de ces derniers. En effet, l’ensemble des choix dits allo-emphatiques, c’est-à-dire des choix présumés des autres acteurs, peut-être représenté par un graphe valué, tel qu’une valeur est assignée à chacune de ses arêtes ou de ses arcs. La valuation d’un graphe peut être utile pour l’analyse des liens ainsi que pour celle des transactions ou des contrôles.

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