Soin infirmier

Sommaire

Un peu d'histoire

Le dictionnaire Larousse définit le soin comme « une attention, une application envers quelqu’un ou quelque chose » ; en revanche, il donne aux soins le sens de « moyens par lesquels on s’efforce de rendre la santé à un malade » . Par ailleurs, l’évolution des connaissances et des savoir-faire nous a permis de développer depuis la fin du XIXe siècle de nouvelles techniques d’exploration, thérapeutiques ou d’intervention. Dans le milieu soignant, la mise en pratique sur un patient de chacune d’elles est désignée par le terme de soin. Du XIIIe au XVIIIe siècle, le « métier infirmier était orienté vers le contrôle des maladies infectieuses et la lutte pour la salubrité » dans le cadre d’une vision sacerdotale de l’activité soignante. Depuis, la pensée infirmière s’est structurée. Ainsi, aujourd’hui, le concept de soins infirmiers et de par la-même la pratique soignante trouve son fondement, d’une part, dans les règles professionnelles et, d’autre part, dans le cadre philosophique, les modèles conceptuels et théoriques infirmiers.

Généralités

Les soins infirmiers sont les gestes effectués par un infirmier sur un patient.

Ils sont de deux natures : on parle des soins du rôle propre infirmier, et des soins du rôle en collaboration. Les premiers se réfèrent à l'article 5 du Décret de compétence infirmier et concernent tous les soins que l'infirmier, infirmière est tenu d'effectuer d'elle-même pour le bien être du patient. Les seconds se réfèrent à l'article 6 du Décret de compétence et concernent tous les soins que l'infirmière effectue sous préscription médicale.

Les soins ont plusieurs qualificatifs ; ainsi, les soins infirmiers les plus connus et courants sont les soins techniques comme le prélèvement sanguin ou encore le pansement, mais il y aussi les soins relationnels comme l'entretien d'urgence, ou encore l'entretien de recueil de données.

Concepts de soins

Les soins infirmiers suivent un certain système de représentation en termes de santé, de maladie, de patients, de relation soignants/soignés. Parmi ces courants de pensée infirmière, deux exemples entre autres, le modèle de Virginia Henderson et des 14 besoins fondamentaux, ou le modèle de H. Peplau.

Les soins sont prescrits par un médecin, sous la forme d'une ordonnance ou éventuellement d'un protocole.

Démarche de soins

La démarche de soin est « un processus par lequel l’infirmier détermine, met en œuvre et évalue les actions relevant de son rôle propre dans le cadre d’un contrat de soins avec la personne » considérée comme un être bio-psycho-social. Elle se découpe en plusieurs étapes théoriques, qui sont :

  1. le recueil de données ;
  2. l’analyse de celles-ci aboutissant à la détermination des problèmes de santé ;
  3. la formulation d’objectifs de soins ;
  4. la détermination des interventions infirmières ;
  5. la mise en œuvre des actions du plan de soins ;
  6. l’évaluation ;
  7. le réajustement.

Par ailleurs, la démarche doit permettre le suivi et la continuité des soins.

Qualité des soins

Dans le domaine de la santé, la réforme hospitalière de juillet 1991 introduit pour la première fois la notion de réflexion sur « une politique d’évaluation des pratiques … visant à en garantir la qualité ». En 1996, ce questionnement aboutit à la mise en place, par une des trois ordonnances dites « Juppé », d’une évaluation systématique de la qualité en milieu hospitalier : l’accréditation des etablissements de santé. Cette démarche est menée par un établissement public d’état, l’Agence Nationale d’Accréditation et d’Evaluation de la Santé ( ANAES ) et vise à « mettre en œuvre la procédure d’accréditation des établissements de santé ». L’article 10 du décret 93-221 nous informe que l’infirmier doit « garantir la qualité des soins ». Quant à lui, l’article 13 du décret 2002-194 précise que les soins infirmiers intègrent qualité technique et qualité des relations avec le malade. Mais en quoi consiste cette qualité puisque, à en croire Eric REEKING, « la qualité est comme la beauté : elle est dans l’œil qui regarde ».

Pour définir la qualité des soins infirmiers, nous allons suivre la démarche de Henri VUORI qui, dans sa publication à l’OMS concernant la santé publique en Europe, pose quatre questions pour élaborer sa définition :

  1. « La qualité pour qui ? » : Pour tous les acteurs de soins et de leur qualité, mais aussi bien sûr pour toutes les personnes à qui ils s’adressent. Ainsi dans l’exemple de madame G, les soignants et la patiente n’ont pas la même façon de considérer les soins qui lui sont donnés. Il convient donc d’essayer de concilier les deux points de vue.
  2. « La qualité définit par qui ? » : Par un professionnel de santé qui cherche l’efficience maximale de sa démarche.
  3. « Destiné à quoi ? » : A développer un débat ( public et professionnel ) et un enrichissement de la réflexion sur les exigences relatives à la pratique soignante.
  4. « De quelle qualité s’agit-il ? » : C’est celle qui, dans le cadre d’une pratique pluri-professionnelle, adapte les soins portés à la personne dans une perspective de santé et non dans un but de non-maladie.

Ce dernier point nécessite un développement : dans l’optique du déploiement de la santé, l’infirmier dispose, comme nous l’avons vu plus haut, d’actes techniques et de connaissances qu’il utilise pour prendre soin de la personne dans sa globalité ( ce que certains soignants appellent « faire du relationnel » ). Mais ce serait une erreur de considérer ces deux éléments comme complètements dissociés. Il n’y a pas d’un coté les soins dits « techniques » et de l’autre ceux dits « relationnels ». Si l’infirmier n’adapte pas la dispensation des premiers en fonction du patient, de ses désirs et de son environnement, il ne se situe que dans le « faire sur ». Il ne s’agit pas de « faire du relationnel » mais d’« être relationnel ». Pour accéder au « être avec », le soignant doit en permanence « prendre soin du patient dans une perspective de santé, c’est à dire aller à sa rencontre pour l’accompagner dans le déploiement de la santé ». Ceci est d’autant plus important que « les soins peuvent être perçus comme une agression … s’ils se déroulent dans une situation d’urgence ou de stress ». Mais la qualité des soins ne saurait se réduire à la valeur de la prise en charge du patient par le soignant car de nombreux facteurs contribuent à cette qualité.

Facteurs de la qualité des soins

Partant de ces constats, W. HESBEEN a déterminé les facteurs qui, par leur association et leurs interactions, constituent la qualité des soins :

  1. « Les aspects politiques et économiques » regroupent le cadre légal et réglementaire des activités de soins et les limites des ressources économiques qu’un état souhaite investir dans la santé : c’est ainsi, entre autre, que le gouvernement français vote dans le cadre du projet de finances annuel l’Objectif National de Dépenses de l’Assurance Maladie.
  2. « L’organisation concrète des structures » : c’est à dire les projets que se donnent les structures sanitaires et sociales, ainsi que les outils et moyens qu’elles développent pour les mener à bien. Dans le cadre de l’urgence pré-hospitalière, nous avons vu qu’il existe un réseau efficace.
  3. « Les réflexions philosophiques et connaissances techniques et scientifiques » sont la conséquence de la curiosité intellectuelle et des ressources dont dispose chaque soignant, et doivent être mises en pratique dans le Projet de Soins. Au sein de l’hôpital, la Commission de Soins Infirmiers a, entre autres objectifs, celui de confronter ces réflexions aux pratiques pour les faire évoluer. En ce qui concerne notre sujet d’étude, nous avons vu que l’on peut enrichir le paradigme médical par une réflexion sur les fondements de l’activité soignante.
  4. « La formation des professionnels » permet à ces derniers de compléter leur formation initiale en acquérant les connaissances spécifiques à leur secteur d’activité. Elle s’oppose au mythe de « l’opérationnalité immédiate » au sortir du Diplôme d’Etat.
  5. « Les comportements et les compétences des acteurs » qui sont les aptitudes que l’infirmier exprime dans son activité. Chaque soignant, par sa personnalité et par l’application qu’il met dans son activité professionnelle, peut apporter une richesse.
  6. « La personne soignée et ses proches » . Le soignant qui va à la rencontre de la personne doit déterminer, entre autre, la perception qu’elle a de sa pathologie, ses ressources personnelles et son désir de guérir. Au même titre que son environnement, l’inquiétude et la souffrance de ses proches sont des éléments qui doivent orienter les soins : par exemple, « l’enfant va comme la mère va ». Afin de faire participer les patients à l’amélioration de la qualité des soins, on trouve souvent au sein des Conseils d’Administrations des hôpitaux des représentants d’une ou plusieurs associations d’usagers.
  7. « La méthode de recueil d’information sur les pratiques » permet quant à elle de mettre en évidence de façon quantitative et/ou qualitative les actions entreprises.

La prise en compte de ses facteurs permet de faire évoluer la qualité des soins.

Ainsi nous pouvons conclure avec Walter HESBEEN qu’« une pratique soignante de qualité est celle qui prend du sens dans la situation de vie de la personne soignée et qui a pour perspective le déploiement de la santé pour elle et pour son entourage. Elle relève d’une attention particulière aux personnes et est animée par le souci du respect de celle-ci. Elle procède de la mise en œuvre cohérente et complémentaire des ressources diverses dont dispose une équipe de professionnels et témoigne des talents de ceux-ci. Elle s’inscrit dans un contexte politique, économique et organisationnel aux orientations, moyens et limites pertinentes et clairement identifiés ».

See also: Soin infirmier, Courants de pensée infirmière, Infirmier, Maladies infectieuses, Médecin, OMS, Ordonnance, Pansement, Prescription, Protocole infirmier