Sondage

Un sondage est une mesure de l'opinion ou des comportements d'une population effectuée au travers d'un questionnaire soumis à un échantillon représentatif de l'ensemble. Le sondage s'appuie sur les méthodes de questionnaire mis en œuvre par la sociologie mais est pratiquée en dehors de celle-ci. Il est employé en marketing, par la presse ou encore les pouvoirs publics. Le sondage, au moins sous sa forme publiée, est souvent compris comme une question ou un ensemble de questions synthétique. On parlera plus volontier de questionnaire ou d'enquête pour des travaux comportant un plus grand nombre de questions.

Les sondages permettent de se faire une idée des opinions ou des comportements d'une population complète à un instant donné. Il est l'un des outil qui permet à des individus d'apréhender des phénomènes sociaux qui dépassent très largement leur échelle comme un objet observable et compréhensible.

La force de conviction du sondage repose sur sa capacité à rendre une image chiffrée de la question abordée. Une question souvent complexe et toujours très subjective se traduit en un simple pourcentage censé donner une image vraie de l'ensemble de la population étudiée.

Sommaire

Méthodologie

Le sondage est un outil de mesure quantitative qui vise à donner une image juste d'un phénomène social inaccessible à la simple perception du chercheur qui souhaite l'appréhender. Cette tendance à représenter l'ensemble du réel s'accompagne d'une tendance inverse à l'appauvrissement du contenu. En sciences humaines il faut toujours choisir entre dire peu de choses imprécises sur tout le monde et en dire beaucoup de pertinentes sur très peu de gens ; le sondage relève très nettement du premier choix.

Remarques préliminaires

Ces points sont à peu près évidents intuitivement.

Méthode aléatoire

La statistique considère le cas dans lequel les éléments de l'échantillon sont des variables aléatoires indépendantes, ce qui signifie en termes simples qu'un sondage sur un problème national ne peut se limiter à un seul quartier mais doit utiliser un tirage au sort pour constituer l'échantillon. Cette contrainte est souvent réalisée de manière satisfaisante lors de sondages à caractère technique.

Si on ajoute certaines conditions supplémentaires, échantillon pas trop petit, fréquence d'apparition ni très grande, ni très petite, on peut alors utiliser l'approximation de la loi normale. Dans ces conditions, les intervalles de confiance sont inversement proportionnels à la racine carrée de la taille de l'échantillon.

Dans le cas particulier qui correspond à la quasi-totalité des sondages préélectoraux, l'hypothèse des variables indépendantes conduit au résultat suivant : il y a 95 chances sur 100 pour qu'une enquête effectuée sur 1000 personnes donne un résultat à plus ou moins 3 % près, donc 5 chances sur 100 pour que le résultat soit hors de l'intervalle. Si on effectue une enquête sur 1600 personnes, au même niveau de confiance, on obtient 2,5 %.

Méthode des quotas

Dans ce cas le sondage aléatoire est impossible : les instituts ne peuvent disposer d'un fichier à jour, tirer au sort les heureux élus (ce serait la phase la plus simple) et aller interroger ceux-ci où qu'ils se trouvent.

Ils utilisent donc la méthode des quotas qui consiste à reproduire approximativement les proportions des diverses catégories socio-démographiques trouvées dans la société.

Questionnaire

Le sondage consiste en une ou plusieurs questions fermées, c'est-à-dire offrant une gamme de réponses préétablies, qui sont soumises au sondé. Les réponses, font l'objet d'un enregistrement, qui passe par une laborieuse étape de saisie des résultats et d'un traitement statistique.

Objet des sondages

le sondage de comportement

Les sondages de comportement cherchent à mesurer ce qu'une population fait concrètement : ses habitudes de consommation, de déplacements... Les sondages de comportement sont particulièrement utilisés par les entreprises privées pour faire des études de marché ou encore pour estimer l'influence d'un média (on pourra par exemple citer les enquêtes sur l'écoute de la radio, la lecture des magazines et journaux qui sont fondamentales à ceux-ci pour fixer le prix de leurs publicités) et par les pouvoirs publics pour estimer l'efficacité d'une politique, l'étendue d'un problème, les besoins d'infrastructure...

le sondage d'opinion

Le sondage d'opinion est le type de sondage le plus fréquemment montré dans les médias et donc le plus visible pour la population. Le sondage d'opinion synthétise les idées d'une population sur diverses questions, politiques, morales, religieuses. Les sondages d'opinion sont utilisés par la presse comme illustration d'articles ou de dossiers et aussi par les pouvoirs publics pour estimer l'accueil qu'une mesure pourra recevoir et adapter leur plan de communication en conséquence. C'est également le type de sondage le plus contesté dans son utilité et sa représentativité.

le sondage électoral

Le sondage électoral est très particulier en ce qu'il concerne plus précisément les intentions de vote. Il s'intéresse à la fois aux opinions et à un comportement de vote. Bien que le sondage ne mesure que les intentions de vote à un instant particulier avant l'élection, il est systématiquement compris comme un système prédictif. Le sondage électoral a une seconde particularité essentielle qui est de donner une image d'un phénomène qui est lui même un système de comptage statistique. La précision relative du sondage est sanctionnée par le résultat réel de l'élection. C'est la seule occasion où l'on peut tester la validité du sondage.

Recueil des informations

Différents médias peuvent être employés pour recueillir les informations : le plus souvent, les questions sont posées par un enquêteur qui enregistre les réponses.

Enquête de rue

Les enquêteurs travaillent sur le trottoir, un questionnaire à la main. Ils abordent les gens en fonction des besoins de l'enquête, en fonction de critères d'âge et de sexe. Les enquêteurs questionnent dans la mesure du possible des individus ayant un profil identique au leur, âge équivalent et sexe identique afin de favoriser un rapport d'égalité dans l'échange d'informations.

Enquête à domicile

Cette méthode d'enquête, plus rare est généralement utilisée pour les questionnaires un peu long. Elle permet d'introduire des critères sociaux économiques en fonction de la ville et du type de logement habité. S'il est plus difficile d'entrer chez les gens que de les arrêter dans la rue, ils sont également moins pressés et plus à l'aise chez eux. La situation souvent plus confortable permet également d'employer un ordinateur portable et d'éviter ainsi l'étape de la saisie des résultats obtenus sur le terrain.

Enquête téléphonique

L'enquête téléphonique est un moyen simple de joindre les sondés à leur domicile tout en conservant une connaissance de leur ville d'habitation. Le sondeur n'a également pas à se déplacer d'une habitation à l'autre et peut simplement enchaîner les appels ce qui permet de réduire les coûts. L'usage du téléphone est néanmoins très répandu en marketing et de nombreuses opérations commerciales se montent sous le couvert de sondage ou d'enquête de terrain alors qu'elles sont en réalité destinées à prospecter d'éventuels clients. Cette confusion peut porter préjudice au sondage qui devient suspect quand il se déroule par téléphone.

Questionnaire auto-administré

Plutôt utilisé par la presse, le questionnaire auto-administré est rempli par le sondé et renvoyé en fonction de son bon vouloir. Le taux de retour est particulièrement faible, il n'est pas rare que le sondage s'accompagne d'une promesse de cadeau pour motiver les réponses. Il n'en demeure pas moins que le taux de réponse ne dépasse jamais quelques pourcent et qu'il est impossible de construire un échantillon représentatif.

Sondage sur le web

De très nombreux sites proposent des outils de sondages qui là encore ne permettent pas de créer un échantillon représentatif. Certains sondages permettent même de participer plusieurs fois. Ils sont généralement utilisés pour leur dimension ludique.

Controverse

Les principales critiques des sondages émanent de la sociologie et des hommes politiques. Ils leur reprochent de prendre trop de place, de prétendre à une représentativité exagérée voir erronée, de stériliser le débat démocratique.

L'insuffisance des échantillons

Un très grand nombre de sondages publiés, dans les médias notamment, s'appuie sur des échantillons très peu représentatifs de quelques centaines de personnes. Cela pourrait ne pas causer de réel souci dans le cas d'une question dont le résultat serait particulièrement tranché, mais est rédhibitoire dans les cas où les chiffres sont particulièrement serrés.

Les questions sur la méthode des quotas

Aujourd'hui, chaque vote national donne naissance à un grand nombre des sondages et de commentaires sur ceux-ci. Ces commentaires portent fréquemment sur des fluctuations d'un ou deux pour cents. Comme aucun sondage, quel que soit la technique utilisée, ne peut donner des résultats exacts, le citoyen est en droit de se demander quelle confiance on peut accorder à de telles fluctuations et aux commentaires qu'elles suscitent.

Si la technique aléatoire était utilisée, le calcul des intervalles de confiance montrerait que des fluctuations aussi faibles doivent inciter à une grande prudence dans leur interprétation. D'autre part il est indiscutable que la méthode des quotas ne satisfait pas la condition rigoureuse d'indépendance à la base des sondages aléatoires, ce qui exigerait en principe d'autres approches de sa précision.

Face à ce problème, la position exprimée systématiquement à l'occasion des campagnes électorales tient en deux points : le calcul des intervalles de confiance est inapplicable et – cela demanderait un minimum de justifications – la méthode des quotas est plus précise que la méthode aléatoire.

Une autre position, plus rarement exprimée, se trouve par exemple sur le site internet d'Ipsos : si on veut fournir une indication sur la validité d'un sondage, on est bien obligé d'utiliser ce qui existe, tout en sachant que ce n'est qu'une approximation.

Il semble qu'il soit possible de renforcer un peu cette position. En effet c'est l'indépendance des réponses, difficile à assurer dans un sondage à l'échelle de la France, qui permettrait le calcul des intervalles de confiance. A l'opposé, on peut imaginer un sondage à prétentions nationales effectué dans un seul quartier, ou une seule entreprise ; celui-ci donnerait évidemment des résultats sans signification pour le pays parce qu'il y aurait probablement de forts liens entre les différentes réponses. La méthode des quotas, en contraignant les enquêteurs à interroger des personnes appartenant à divers milieux, brise un grand nombre de ces liens et ne peut que rapprocher ce type de sondage du sondage aléatoire, sans qu'on puisse mesurer la distance qui existe entre les deux.

Les données CVS

Les statisticiens, notammment en matière de sondages politiques opèrent un grand nombre de traitement des informations obtenues. Les données CVS, corrigée des variations saisonnières, rétablissent un équilibre mis à mal par divers effets de structure. Si certains sont particulièrement évidents, une forte baisse de l'activité économique en août n'est pas le signe d'un effondrement économique, d'autres en revanche sont plus sujet à caution. En matière de sondage électoraux par exemple, on corrigera certains décalages entre déclaration et réalité des votes effectifs. On observe par exemple un décalage entre les déclarations d'intention de vote Front National et les votes réels (plus nombreux). Les statisticiens mesurent cet écart et le reportent pour les mesures suivantes afin de donner un chiffre plus représentatif de la réalité. Les détracteurs des sondages considèrent que l'on sort ici de la stricte mesure des déclarations d'intention de vote pour donner un chiffre ayant la prétention d'indiquer ce que les électeurs comptent faire en réalité. Outre le fait que de très nombreuses corrections s'appliquent lourdement à certains chiffres au point que certains les considèrent comme totalement dénaturés, les effets de structure qui sont à l'origine de ces corrections sont eux-même suceptibles de changer. Le sondage ne devient plus alors l'enjeu véritable dans la mesure où sa représentativité est subordonnée à la connaissance de ces effets de structures qui avant toute chose deviennent discriminants.

La formulation des questions

Cette critique est particulièrement adressée aux sondages d'opinion. La simple formulation de la question induit une partie de la réponse.

Une étude menée sur trois sondages effectués au moment du bombardement de la Lybie par l'armée américaine en 1986 a par exemple révélé des décalages considérables de réponse en fonction de l'intitulé de la question, certain étaient particulièrement abstraits citant « l'action américaine contre Khadafi » alors que de l'autre côté un magazine parlait de l'armée américaine, de bombardements et nommait les villes touchées. Avec la plus abstraite des formulations, l'évènement recueillait 60% d'assentiments, la formulation intermédiaire 50%, la formulation la plus précise 40%.

Ce décalage ne pose pas de problème si l'on conserve à l'esprit que les sondages mesurent une réponse à une question et non pas la réalité d'une opinion dans la population. Aux yeux de leurs détracteurs, la confusion apparait pourtant particulièrement fréquente et très volontiers entretenue par ceux qui commandent les sondages .

L'interprétation et la construction de l'objet

Les sondages reposent sur une déformation et une réduction de l'information, les réponses devant trouver leur place dans une grille préétablie, les sondeurs sont amenés à interpréter une parole en fonction de la grille. Etablir des questions fermées est considéré par certain équivalent à demander aux sondés de choisir des réponses prépensées à des questions que d'autres se posent. La simplicité des énoncés ne peuvent pas faire l'économie de la complexité des questions abordéees bien au contraire.

Le sondeur prend l'initiative de définir lui-même la problématique de son sujet pour ensuite demander au sondé de choisir dans ce cadre strictement délimité l'option qui lui convient le plus. Cette maîtrise de la problématique, que l'on désigne par la notion de construction de l'objet, apparait aux critiques des sondages comme une excellente méthode pour obtenir des résultats correspondant à ses propres attentes.

Le refus de répondre aux questions se développe de plus en plus. Les sondés, considérant que les questions préétablies ne rendent pas compte de leur opinion réelle préfèrent ne pas répondre. Les politologues sont à la fois intéressé par ce refus de répondre qui camoufle une réalité significative des opinions politiques mais demeurent désarmés car leurs outils de mesure habituels sont incapables de les décrire.

Le statut social du sondage

Cette critique, émanant plus particulièrement des sociologues, concerne plus particulièrement le rôle des sondages dans le fonctionnement de la société. Abondamment utilisés par les médias, les sondages constituent un miroir pour la société qui au travers de questions simples et de chiffres ronds se donne une représentation d'elle-même.

Les sondés ont conscience de participer à la mesure de la réalité sociale. Le sondage est légitime pour lui-même et non pas pour la question qu'il soulève. Répondre à un sondage constitue une participation à une institution de fait dans laquelle le sondé trouve la gratification d'être celui qui pour une fois va déterminer la réalité sociale. Il n'est dès lors plus très important de posséder effectivement un avis formé sur la question, l'acte de répondre l'emporte sur le sens de la réponse. Notre exemple précédent illustre bien comment trois échantillons à priori représentatifs parviennent à exprimer des réponses différentes et même opposées sur un même sujet. On peut en déduire qu'une partie des réponses est une réaction à une stimulation instantanée, plutôt que le reflet d'une opinion prééxistante fruit des convictions et de la réflexion des individus sur un sujet particulier. Le sondage mesure donc pour une partie non négligeable de l'échantillon son propre effet sur les sondés.

Dès lors, considérant que la définition de la problématique, tant par le choix des sujets abordés que par la formulation des questions, appartient au sondeur ; la construction du débat échappe aux citoyens et à leurs représentants élus pour échoir à des groupes de presse et des chaînes de télévision.

La personnification de l'opinion publique

Le sondage, en suivant le modèle du référendum a permis de construire une notion d'opinon publique qui demeure une construction idéologique attribuant une et une seule opinion à une société perçue comme un phénomène simple et unifié. Elle n'est pourtant pas une personne, elle est constituée de structures, de groupes aux compétences et aux connaissances variées. La capacité à construire une opinion, à connaître un sujet n'est pas uniformément répartie dans la population. Le sondage donne pourtant une forme prédéfinie à la question et place toutes les opinions sur un pied d'égalité.

Le sondage et la notion d'opinion publique qu'il permet d'établir constituent au final un outil de pouvoir qui permet de couper court au débat. Le principe de la démocratie représentative n'est pas de faire trancher une question par les votants mais de leur faire trancher dans un débat mené par des représentants, des experts, des militants représentant les positions majoritaires mais aussi minoritaires. En lui donnant forme par le mécanisme de la construction de l'objet préalablement décrit, le sondage permet de faire l'économie du débat grâce à cette notion artificielle d'opinion publique qui apparait nécessairement légitime en vertue du modèle du référendum qu'il reproduit.

Pierre Bourdieu a pointé ce danger dans une article de 1973 intitulé L'opinion publique n'existe pas. À sa suite, Patrick Champagne aborde la question, notamment dans son ouvrage de 1990 : Faire l'opinion.

L'honnêteté des réponses

La critique des sondages montre que les réponses apportées par les sondés ne présentent aucune garantie de véracité. L'importance apportée au sondage parait donc démesurée en comparaison de la fiabilité des réponses. Plusieurs phénomènes peuvent concourir pour donner des réponses absurdes :

On peut en outre citer des cas de manipulation pure et simple, comme par exemple la chaîne de télévision de Silvio Berlusconi qui à ses débuts, avait envoyé des employés silloner les campagnes pour retrouver les ménages équipés des boîtiers d'audimat afin de les soudoyer pour qu'ils laissent leur télévision allumée toute la journée sur la nouvelle chaîne alors qu'ils étaient au travail. Cela lui a permis d'accroître ses mesures d'audience et donc ses recettes publicitaires. Ces importants moyens contribuant au succès réel de la chaîne.

La volatilité des réponses

En France, il existe un délai précédent une élection pendant lequel les sondages ne peuvent pas être publiés afin d'éviter que la publication du sondage ne vienne perturber le choix, en conscience, du candidat à élire. Ce délai fixé à une semaine par la loi de 1977 a été réduit à un jour (le samedi précédant le scrutin) en 2002.

L'exemple des sondages électoraux qui ont l'avantage de pouvoir faire l'objet d'une vérification montre que les déclarations sont susceptibles de connaître de fortes évolutions. Il met en lumière la fragilité de chiffres qui sont souvent considérés comme des indicateurs fiables d'une réalité sociale solide.

Les instituts de sondage

See also: Sondage, 1973, 1986, 1990, France, Front National, Indépendance en probabilité élémentaire, Institut national de la statistique et des études économiques, Loi normale, Lybie