Stalinisme
Le stalinisme est un mot désigant les idées et surtout les pratiques de Joseph Staline, puis, par extension, de ceux qu'on appelle (péjorativement), des staliniens.
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Intérêt du concept
Staline se mettait lui-même en avant en organisant le culte de sa personnalité. Ainsi dès les années 1930, partisans comme adversaires utilisaient le vocable de stalinien. Par exemple, le dirigeant du PCF, Thorez, se proclamait fièrement « premier stalinien de France ».
Par contre, Staline proclamait un respect scrupuleux des grands anciens (Marx, Lénine) et ne faisait désigner la doctrine en vigueur que sous le vocable de marxisme-léninisme, vocable universellement utilisée pour désigner la doctrine ultra-majoritaire dans le mouvement communiste (sous domination stalinienne, à l'époque).
Le stalinisme est donc un concept postérieur à l'époque de Staline, forgé en URSS même, peu après la mort de Staline, et dans le même but que lui. La naissance du concept de stalinisme n'était alors qu'une application des pratiques que Staline avait lui-même organisé : inventer un concept, l'attribuer à des traitres pré-désigné, leur imputer tous les échecs et tous les abus, faire leur procès, les condamner, et ainsi fortifier le régime (par l'exonération des fautes) et le pouvoir en place (par l'élimination des opposants). En l'occurence, c'est Staline, le stalinisme, et les "staliniens", qui feront les frais d'une méthode stalinienne...
Ainsi, dès l'origine, stalinisme est un mot repoussoir, vite repris par les anti-communistes. Pour eux, c'est synonyme strict de communisme, alors qu'au contraire, pour les communistes, le stalinisme n'est qu'une dérive perverse ou même une chimère sans rapport avec leur doctrine favorite. Ainsi, pour un anti-communiste le stalinisme est un concept redondant, alors que c'est au contraire un concept absolument nécessaire aux pro-communistes pour éxonérer cette doctrine.
Contenu idéologique
Le stalinisme est essentiellement une pratique, et non une véritable idéologie. Sur le plan idéologique, le stalinisme est un marxisme sans originalité, caractérisé seulement par
- l'organisation du Parti : Staline estime qu'aucun débat et aucune opposition ne saurait être tolérée à l'intérieur du Parti. Seul le secrétaire général (Staline en URSS) doit diriger le Parti. Pour Trotski, le débat doit pouvoir exister à l'intérieur du Parti : Trotski défend ainsi un minimum de démocratie et de pluralisme, mais uniquement dans le strict cadre du Parti.
- La théorie du « socialisme dans un seul pays ». Trotski prônait au contraire la révolution internationale, la guerre totale et permanente jusqu'à la victoire.
En conformité parfaite avec les idées marxistes, Staline abandonne la NEP (Nouvelle politique économique) entamée en 1921 et commence à re-nationaliser systématiquement les moyens de production. On voit que les différences entre Trotski et Staline ne portent pas sur le contenu du communisme, mais sur la stratégie pour l'imposer. Pour les communistes de conseil, comme pour les anti-communistes, Trotski n'est qu'un Staline manqué.
Tout en restant strictement marxiste, Staline était un pragmatique qui adaptait ses idées à son but de domination (les changeant pour prendre des adversaires à contrepied et les transformer en traitres, par exemple) et non un idéologue utilisant sa domination pour faire avancer ses idées.
Pratiques staliniennes
Le concept de stalinisme, n'étant pas véritablement une idéologie, est associé à des pratiques maintenant honnies et considérées comme staliniennes. Car Staline dirigea d'une main sanglante. Il a laissé sa marque dans
- une manipulation permanente de l'histoire et de l'idéologie, avec des "purges" visant à éliminer tous les "traitres", c'est-à-dire en pratique tous les témoins et toutes les traces des évolutions de Staline et bien sûr à éliminer tout concurrent potentiel.
- le concept de procès stalinien : le coupable d'avance (car il reconnait son crime, sous la menace directe ou indirecte, visant ses amis ou sa famille) est jugé sans pitié et avec un respect tout formel des procédures, car tout est préparé d'avance, comme une pièce de théatre. Le procès sert à justifier les purges, mais aussi à faire porter le poids des échecs à des boucs émissaires. Le procédés était connu, il a de nombreux antécédents historique, mais on peut dire que Staline l'a industrialisé, au point que la machine continuera à fonctionner après sa mort.
- la déportation massive dans les goulags de peuples entiers et d'opposants réèls ou supposés.
- lorsque la déportation n'est pas possible, l'utilisation de la famine organisée pour dompter les peuples rebelles.
- un régime très militariste, avec une propagande sans scrupule (annonçant une récolte record une année de famine, par exemple) et une surveillance de la population entière par des services secrets surdéveloppés (GPU et services successeurs), eux-mêmes régulièrement purgés.
Staline commence à dominer en URSS à la mort de Lénine en 1924. Staline s'empare alors progressivement du pouvoir pour finir par expulser Léon Trotski d'URSS en 1928.
Ses pratiques, et les moyens de l'URSS, permettent à Staline de dominer l'ensemble des Partis Communistes réunis dans le komintern puis le kominform à partir de 1947 (IIIe Internationale).
Par contre, elles échouent à donner réellement à l'URSS la place dans le Monde que Staline prétendait (la première) et, si elles ont nourrit les mouvements et les rébellions communistes dans le monde, elles auront également contribué à les discréditer et avec eux le concept de communisme.
Postérité
Stanine meurt en 1953. En 1956, l'URSS et les pays d'Europe de l'Est rompent avec le marxisme-léninisme et invente le concept de stalinisme. À partir des années soixante et de la rupture sino-soviétique, seule la République Populaire de Chine de Mao Zedong et son alliée l'Albanie de Enver Hodja continuent à se réclamer de Staline en faisant référence au marxisme-léninisme. Depuis, le stalinisme a évolué sous la forme du maoïsme : régime des Khmers rouges au Cambodge, guérilla du Sentier Lumineux au Pérou à partir des années 1980 ou guérilla maoïste au Népal. En France, en 2005, le dernier parti revendiquant l'héritage stalinien est aujourd'hui le Parti Communiste Marxiste-Léniniste de France.
Les régimes staliniens se caractérisent par la dictature de chefs d'Etats comme Staline ou Mao Zedong), et conformément à la doctrine marxiste, par une économie planifiée (appellée par d'autres branches communistes un capitalisme d'état), où la bureaucratie d'Etat constitue l'exploiteur et oppresseur unique des masses. Ces régimes sont considérés comme de véritables prisons à ciel ouvert.
Ainsi, dans les sociétés libérales, le stalinisme se compare au nazisme pour la valeur injurieuse. Le mot est appliqué pour désigner des pratiques considérées comme le comble de l'innacceptable, même si elles n'ont aucun rapport avec le communisme.
Voir aussi
- Marxisme
- Léninisme
- maoisme
- trotskisme
- Communisme
- Socialisme
- URSS
- Mouvements révolutionnaires
- IIIe Internationale
- Mouvements politiques
- Idées politiques
- Totalitarisme
- PCF
- JC
- UEC
