Suicide

Sommaire

Étymologie

Le suicide (du latin sui cadere, se tuer soi-même) est l'acte délibéré d'en finir avec sa propre vie.

Dans le domaine médical, on parle aussi d'autolyse (destruction — suffixe -lyse — appliquée à soi-même — préfixe auto).

Définition

Pour considérer qu'on est en présence d'un suicide, la mort doit être l'intention de l'acte et non simplement une de ses conséquences. Un attentat-suicide, par exemple, sera considéré comme relevant plus d'une action terroriste que du suicide.

Si le suicide a des conséquences légales, il doit être généralement prouvé qu'il y a eu intention et mort pour que l'acte soit qualifié de suicide selon la loi.

Religion et société face au suicide

Il est considéré comme un péché dans beaucoup de religions et comme un crime selon certaines législations. La raison est la même dans les deux cas : on sanctionne une personne pour avoir voulu disposer de sa vie alors que cette dernière est censée appartenir à quelqu'un d'autre, Dieu ou souverain.

De même, dans l'empire romain, il était d'usage qu'un proche de l'empereur désirant mettre fin à ses jours en demande au préalable l'autorisation à ce dernier. On en trouve l'illustration par exemple dans les Mémoires d'Hadrien.

Certaines cultures voient au contraire dans le suicide une issue honorable face à certaines situations perçues comme trop honteuses ou sans espoir. C'est le cas du seppuku japonais.

L'académicien Jacques Laurent fait remarquer dans Les corps tranquilles que les personnes qui se suicident laissent parfois un message derrière elles pour expliquer leur geste, tandis que celles qui ne se suicident pas n'expliquent jamais pourquoi. Au-delà de la boutade, cette phrase nous rappelle que le suicide est souvent un acte réfléchi.

Causes du suicide

Le suicide peut être dû à des difficultés psychologiques, notamment dépression nerveuse. Les autres cas (suicide suite à un déshonneur par exemple) sont plus rares dans les cultures occidentales. On a observé des cas où un suicide s'accompagnait du meurtres d'autres personnes (souvent le compagnon, les enfants), on parle dans ces cas de suicide étendu ou élargi.

La psychiatrie, la psychologie, la sociologie, la philosophie, la théologie et le droit s'intéressent dans leurs domaines respectifs à la question du suicide. À côté de ces études théoriques, il existe des mesures pratiques pour la prévention du suicide et l'accompagnement de ceux qui commettent une tentative de suicide.

Vocabulaire

Statistiques

Généralités

Dans le monde, 815 000 personnes se sont suicidées en 2000, soit 14,5 décès pour 100 000 habitants (un décès toutes les 40 secondes) - source (PDF).

Le suicide touche davantage les hommes que les femmes. En fait, le nombre de tentatives réussies est plus important chez les hommes que chez les femmes, sans doute parce que les hommes choisissent plus souvent des moyens violents (pendaison ou arme à feu contre intoxication médicamenteuse). Par rapport à l'âge, si les jeunes sont particulièrement concernés par ce problème, le nombre de suicides est plus important encore plus tard et la courbe des suicides chez les hommes a la forme d'un n avec un pic vers 50-60 ans.

Le suicide touche tout le monde, sans distinction de « classe ». Il semblerait que les cultures influencent le taux de suicide. De hauts niveaux de cohésion sociale et nationale réduisent les taux de suicide. Les niveaux de suicide sont plus élevés chez les personnes à la retraite, au chômage, divorcées, sans enfant, citadines, vivant seules. Les taux augmentent dans les périodes d'incertitude économique (bien que la pauvreté ne soit pas une cause directe). La plupart des suicidés souffrent de désordres psychologiques. La dépression est une cause fréquente. Des maladies physiques graves ou des infirmités peuvent aussi être la cause de suicides.

Du point de vue de l'individu, le suicide est rarement perçu comme une fin en soi, c'est plutôt considéré comme l'unique voie possible pour échapper à une situation devenue insupportable. D'autres motifs existent : rejoindre un proche décédé, faire souffrir en causant du remords... De nombreuses raisons sont possibles.

Enfin, le taux de suicide est aussi influencé avec le tapage médiatique fait autour du suicide de célébrités et même le suicide fictionnel d'un personnage dans un drame populaire peut conduire à une hausse temporaire du taux de suicides.

Japon

Le Japon a l'un des plus forts taux de suicide du monde industrialisé (24,1 pour 100 000 habitants). Les suicides ont atteint le nombre record de 34 427 en 2003 (+ 7,1 % par rapport à 2002)(source : AFP 22/11/2004). / Le taux de suicide pour 100 000 habitants était de 26,1 en 1998, légèrement derrière celui des trois pays baltes et de la Russie, Hongrie et Slovénie où le taux avoisine 30 personnes pour 100 000 (sources diverses).

France

En 1996, la France compte 12 000 suicides pour 160 000 tentatives (chiffres de l'Inserm) ; avec 62 million habitants en France, ces nombres représentent à peu près 19 suicides pour 100 000 habitants, soit un suicide pour 5 000 personnes, et une tentative pour 400 personnes. La France est au quatrième rang des pays développés. Les chiffres sont à peu près stables depuis 1980. Le suicide est une cause de décès plus importante que les accidents de la route. Il touche particulièrement les jeunes, chez qui le suicide est la deuxième cause de décès.

Toujours selon l'INSERM, 650 décès environ ont lieu chaque année chez les 15-24 ans en France. Parmi ces jeunes, deux tiers sont des garçons. Le taux de suicide a chuté depuis 1985, mais les tentatives de suicide des 15-19 ans ont augmenté (4,3 % en 1999).

Québec

En 2001, 1 334 Québécois se sont donnés la mort, dont 1 055 hommes. Le taux de suicide chez les jeunes hommes est parmi les plus élevés du monde, à 30,7 pour 100 000 habitants. Les hommes se suicident huit fois plus que les femmes. Quelques rares pays dépassent le Québec à ce niveau : la Russie, la Lithuanie et le Kazakhstan. La situation s'est beaucoup aggravée depuis 1965, époque de la Révolution tranquille. Les prisonniers québécois suicidés comptent pour 60 % des suicides en milieu carcéral au Canada, alors qu'ils ne devraient en représenter démographiquement que 23 %. Les jeunes autochtones forment l'échantillon le plus gravement touché : leur taux atteint de 3,3 à 3,9 fois la moyenne nationale. Cela représente 211 Inuits du Nunavik suicidés pour 100 000 habitants.

Certains sociologues ont théorisé les facteurs urbains, la perte du cléricalisme social, la pauvreté et les dépendances psychologiques et physiques comme la drogue, l'alcool et le jeu pour expliquer toutes ces pertes de vie. Les médias ont souvent montré des reportages de jeunes indiens sniffant du gaz, se piquant à l'héroīne ou encore abusant d'appareils de loterie vidéo fournis en abondance par la société étatique de jeux Loto-Québec.

Tentatives de suicide

Un acte de suicide qui ne se termine pas par la mort de la personne est appelé « tentative de suicide ». Les tentatives de suicide sont beaucoup plus nombreuses que les suicides. Elles concernent davantage les femmes que les hommes et une tranche d'âge plus jeune : les moins de 35 ans. Les personnes qui tentent de se suicider ne sont généralement pas atteintes de maladies physiques graves ou de graves dépressions même si les facteurs psychologiques y sont particulièrement importants.

Les problèmes sociaux sont les causes les plus fréquentes : conflit avec la famille, enfance difficile, problème avec l'alcool, comportement violent. Les personnes devant faire face à ce type de problèmes deviennent anxieuses et déprimées et en réaction à une nouvelle situation de crise particulière, elles craquent et tentent de se suicider. Les motivations sont assez complexes, un désir de soulager une souffrance émotionnelle trop forte, le besoin de communiquer ses sentiments. Les tentatives de suicide peuvent aussi résulter d'un conflit interne entre le désir d'en finir avec la vie et celui de continuer à vivre.

Facteurs du suicide

Le suicide a en général des causes multiples. On peut classer les facteurs menant au suicide en trois catégories :

Les facteurs primaires

Les facteurs primaires sont des facteurs sur lesquels on peut agir, ils ont une valeur d'« alerte ». Ce sont les antécédents personnels (tentatives de suicide précédentes, troubles de l'humeur), les antécédents familiaux (si des proches se sont suicidés, cela peut prendre une valeur d'« exemple ») et les troubles psychiatriques avérés (schizophrénie, toxicomanie, alcoolisme...).

Les facteurs secondaires

Les facteurs secondaires sont des facteurs sur lesquels on peut faiblement agir, et qui n'ont en soi qu'une faible valeur prédictive, sauf associés à des facteurs primaires. Il s'agit essentiellement de la situation sociale (isolement, solitude, chômage) et d'événements passés traumatisants (deuil, abus sexuels, séparation, maltraitance).

Les maladies chroniques sont peu suicidogènes, mise à part pour les persones âgées.

Les facteurs tertiaires

Ce sont des facteurs sur lesquels on ne peut pas agir, et qui n'ont de valeur prédictive qu'en présence de facteurs primaires ou secondaires. C'est par exemple l'âge (la probabilité la plus forte est entre 35 et 54 ans, et au-delà de 70 ans), l'appartenance au sexe masculin (cf. la section Statistiques) ou encore l'homosexualité.

Il est notable, par exemple, que le suicide, une des deux premières causes de mortalité chez les jeunes Français de 15 à 34 ans, soit accru chez les jeunes homosexuels : d'après Homosexualité et suicide, d'Éric Verdier et Jean-Marie Firdion (H&O éditions, Paris, 2003), un jeune homosexuel aurait entre quatre et sept fois plus de risque d'attenter à sa vie, chiffre à augmenter de 40% pour les jeunes filles. Les principales raisons sont imputables à l'homophobie dont ces personnes sont victimes, facteur secondaire principalement social. Ce n'est donc pas l'homosexualité en soi qui s'avère suicidogène mais l'impossibilité pour certains de la vivre et l'image négative de soi que la société renvoie. D'autres études pour des pays différents (surtout pour les États-Unis) montrent des taux similaires.

L'époque de l'année a également une influence. On remarque un pic de suicides durant les fêtes de Noël, a priori en raison d'un sentiment de solitude renforcé par la vue de retrouvailles familiales, un sentiment de tristesse renforcé par les manifestations (et les publicités) de joie.

Dans les deux derniers cas, ce n'est pas le phénomène lui-même qui est suicidogène, mais son écho social.

Passage à l'acte

L'Agence nationale d'accréditation et d'évaluation en santé (Anaes) classe la probabilité de passage à l'acte en trois degrés d'urgence.

Urgence faible

Le suicidaire pense à la mort mais sans avoir encore élaboré de scénario. Il cherche une solution à ses problèmes, il a une stratégie de lutte contre ses problèmes. Il a un désir de communiquer, et s'il ressent une souffrance psychologique, son comportement n'est pas anormal. Il a encore confiance en son entourage.

Urgence moyenne

Le suicidaire envisage clairement le suicide, il a déjà élaboré le scénario mais en a reporté la réalisation ; il ne voit pas d'autre manière d'arrêter de souffrir. Il est isolé et est émotionnellement fragile. Il a besoin d'aide, il peut exprimer son désarroi ou pas.

Urgence élevée

Le passage à l'acte est planifié et le suicidaire a accès au moyen de se tuer. Il est très isolé et a le sentiment d'avoir tout essayé voire il a déjà tenté d'obtenir de l'aide mais l'écoute ne lui a pas paru correspondre à ses besoins (voire lui a paru ridicule dans son comportement stéréotypé à tendance psychanalysante), la souffrance est omniprésente. Il peut avoir deux types de comportements opposés :

Le suicide dans l'histoire

Le suicide a toujours existé. Voici quelques personnes célèbres appartenant à toutes les époques qui se sont suicidées : Cléopâtre VII d'Égypte, Hannibal, Néron, Vincent Van Gogh, Adolf Hitler, Ernest Hemingway ou encore Kurt Cobain.

Dans l'Antiquité, le suicide était commis après une défaite dans une bataille afin d'éviter la capture et les possibles tortures, mutilations ou la mise en esclavage par l'ennemi. Ainsi, Brutus et Cassius, les assassins de Jules César, se suicidèrent suite à la défaite de la bataille de Philippes. Les Juifs de Massada offrent un autre exemple en se suicidant massivement en 74 av. J.C. pour échapper à la mise en esclavage par les Romains.

Dans la société romaine, le suicide était un moyen accepté par lequel on pouvait préserver son honneur. Ceux qui étaient jugés pour des crimes capitaux par exemple pouvaient empêcher la confiscation des biens et propriétés familiaux en se suicidant avant la condamnation par le tribunal. On soulignait alors ironiquement que Domitien, l'empereur romain, montrait sa pitié et miséricorde en permettant à un homme condamné de se suicider.

À la fin du XVIIIe siècle, Goethe publie « Les souffrances du jeune Werther » (Die Leiden des jungen Werther), une histoire romantique où le jeune Werther se suicide parce que son amour est inaccessible. Le roman connaît un réel succès et cause une vague de suicides en Allemagne.

Émile Durkheim, fondateur de la sociologie, publie en 1897 son fameux livre Le suicide où il analyse ce phénomène sous un angle social. Il distingue trois sortes de suicides : le suicide égoïste, le suicide altruiste et le suicide anomiste. Dans chaque cas, la désintégration sociale est la cause première véritable:


Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Japonais préféraient se battre jusqu'au dernier homme plutôt que de se rendre. Vers la fin de la guerre, la marine japonaise envoyait des pilotes kamikazes pour attaquer les bateaux des Alliés. Cette attaque est à mettre en relation avec la culture du guerrier samourai où le seppuku était exigé en cas de perte d'honneur.

Le poète Alfred Alvarez publie une étude sur le suicide en littérature intitulée Le dieu sauvage ; essai sur le suicide.

Jean Améry publie en 1976 un livre sur le suicide où il défend la thèse selon laquelle le suicide représente l'ultime liberté de l'humanité. Il se suicide deux ans plus tard.

Le suicide et la religion

Bouddhisme

Selon les enseignements de Bouddha, notre passé influence notre présent et ce qu'un individu fait à ce moment présent a une conséquence sur son avenir, dans cette vie ou dans la suivante. Il y a un lien de cause à effet. C'est le karma, toute action intentionnelle du corps, de l'esprit ou de la parole a une réaction et sa répercussion est la raison des différences et conditions de notre existence à travers le monde.

La souffrance de quelqu'un est donc la conséquence d'actions négatives du passé ou simplement le fait d'être dans le saṃsāra (le cycle de vie et de mort). Une autre raison de la souffrance est le fait de vivre perpétuellement dans l'impermanence. Puisque toute chose est dans un état constant de flux, l'individu souffre d'insatisfaction face au flux des évènements de la vie. Pour sortir du saṃsāra, il suffit de réaliser sa « nature vraie » à travers le Bodhi (l'éveil) dans le moment présent : c'est le Nirvana.

Pour les Bouddhistes, étant donné que le premier précepte est d'empêcher la destruction de la vie (y compris soi-même), le suicide est clairement considéré comme une forme d'action négative. Malgré ce point de vue, une ancienne pratique asiatique semblable au seppuku se maintient et les Bouddhistes peuvent commettre un acte d'« honorable » suicide en cas d'oppression. Ainsi, les moines tibétains ont utilisé cette idéologie pour protester contre l'occupation chinoise du Tibet et les violations des droits de l'homme envers les Tibétains par la Chine.

Christianisme

Le christianisme est traditionnellement opposé au suicide ainsi qu'au suicide assisté.

Dans le catholicisme en particulier, le suicide a été considéré comme un péché grave voire mortel. L'argument principal est que la vie de tout un chacun est la propriété de Dieu et que la détruire est donc interprétable comme un signe d'affirmation de domination sur ce qui appartient à Dieu. Cet argument a donné suite au fameux contre-argument de David Hume en faisant remarquer que s'il était mal de prendre la vie quand une personne devrait naturellement vivre, cela devrait être aussi mal de sauver la vie quand une personne devrait normalement naturellement mourir, comme il semblerait que cela contrevienne à la volonté de Dieu.

Beaucoup de chrétiens croient en la sainteté de la vie humaine, ce qui signifie que toute vie humaine est sacrée (une création magnifique, voire miraculeuse de Dieu) et qu'il faut donc faire tout ce qui est en notre pouvoir pour la préserver et la sauver.

Néanmoins, même si le suicide est généralement condamné, les chrétiens « libéraux » reconnaissent que les personnes qui se suicident sont dans un état de détresse et de déprime et pensent donc que Dieu, dans sa grande générosité et son amour, pardonne un tel acte.

Hindouisme et jainisme

Chez les hindous et les jaïns, se suicider est considéré comme un péché aussi grave que tuer autrui. Cependant, dans certaines circonstances, il est considéré comme acceptable d'en finir avec la vie en jeûnant. Cette pratique, appelée prayopavesha, nécessite tant de temps et de volonté qu'il n'y a aucun risque que cela soit fait impulsivement. Cela laisse aussi le temps à l'individu de régler ses affaires, de réfléchir à la vie et de se rapprocher de Dieu.

Un cas historique et célèbre est celui de Chandragupta Maurya qui renonça au trône, se rendit dans le Karnataka, se fit moine jaina à Sravana-Belgola et mit fin à ses jours en commettant le suicide rituel par inanition.

Islam

Comme les autres religions abrahamiques, l'Islam voit le suicide comme un péché et un obstacle à l'évolution spirituelle. Cependant, les êtres humains ne sont pas infaillibles et peuvent commettre des erreurs. Allah leur pardonne les péchés s'ils sont sincères dans leur repentir.

Pour ceux qui renoncent à croire en Dieu, les conséquences sont mauvaises. En effet, dans le Coran, le livre saint des musulmans, si Allah est infiniment grand et miséricordieux, pardonnant tous les péchés, il en est cependant un qui est impardonnable : l'incroyance. Selon la Sunnah (livre sur la vie du prophète Mahomet), celui qui se suicide et n'en montre aucun regret passera une éternité en enfer, effectuant sans cesse l'acte par lequel il s'ôta la vie.

En dépit de ce fait, il existe une croyance selon laquelle les actions commises dans le cadre du Jihad menant à sa propre mort ne sont pas considérées comme un suicide même si l'acte en soi ne peut qu'entraîner sa propre mort (comme dans les attaques suicides). Ces actes sont considérés au contraire comme une forme de martyre et ceci bien que dans le Coran il soit expressément écrit que ceux qui tuent des innocents sont des pécheurs et transgressent la loi de dieu. Néanmoins, beaucoup affirment que l'Islam permet d'utiliser le suicide pour lutter contre l'injustice et les oppresseurs s'il n'existe absolument pas d'autre option possible et que sinon la vie se terminerait de toute façon en mort.

Judaïsme

Le judaïsme voit dans le suicide un des péchés les plus graves. Le suicide a toujours été interdit par la loi juive à l'exception de trois cas bien précis : si quelqu'un est forcé par autrui à commettre un meurtre, s'il est forcé à commettre un acte d'idolâtrie, ou s'il est forcé à commettre un adultère ou un inceste. Dans ces trois cas seulement, le suicide est permis. Dans tous les autres cas, le suicide est interdit et cette interdiction comprend la participation à un suicide assisté. D'ailleurs, personne ne devrait demander à quelqu'un d'autre de l'aider à se suicider puisque d'une part le suicide est strictement interdit et d'autre part il ou elle pousserait l'autre à commettre un péché.

Le suicide et la société

Le suicide est perçu assez différemment selon les cultures et si dans les sociétés occidentales il a longtemps été considéré pour immoral et déshonorant, il est dans d'autres sociétés justement le moyen de recouvrir un honneur perdu.

Dans la culture Inuit traditionnelle, les vieilles personnes se laissaient mourir de froid quand elles devenaient une charge trop importante pour leur proches.

Le suicide peut aussi être un acte politique, proche du martyr. Dans le japon médiéval toute critique du Shogun s'accompagnait d'un seppuku de l'accusateur. Plus récemment Jan Palach et de Jan Zajíc se sont immolés en 1969 pour protester contre la répression soviétique du printemps de Prague, tout comme trois membres des moudjahidines du peuple iranien l'ont fait en 2003 pour dénoncer l'arrestation de Maryam Radjavi par la police française.

Le suicide dans les sociétés occidentales

Le suicide y est considéré comme un fléau à combattre, une cause de décès prématuré. On estime cependant compréhensible que des personnes âgées ou gravement malades puissent avoir des pensées de suicide. Le droit de mettre fin à une souffrance intolérable et sans espoir de soulagement est soutenu différemment selon les pays. Dans certains pays, cela provoque des débats assez houleux à propos de l'autorisation, la tolérance ou l'interdiction légale de l'euthanasie active ou passive.

Le suicide en Asie

Dans d'autres cultures, le suicide peut être accepté socialement. En Asie, il existe des formes de suicide ritualisé comme le seppuku japonais, les jauhâr et satî indiens.

Le suicide et la loi

Il fut des États où, ironiquement, le suicide pouvait être condamné par la peine de mort, ce qui permettait au candidat au suicide d'atteindre son but légalement s'il échouait !

En France, le suicide est une liberté civile, c'est-à-dire qu'il est permis au sens où la loi ne le réprime pas. En revanche, la loi entérine la réprobation sociale dont le suicide est entaché : l'aide au suicide est prohibée pour « abstention volontaire de porter assistance à personne en péril » (article 122-7 du Code pénal, concept plus connu sous le nom de « non-assistance à personne en danger »). Elle peut même être qualifiée de « provocation au suicide » (art. 223-13).

La CEDH, dans sa jurisprudence Diane Pretty du 29 avril 2002, a déclaré à l'unanimité que le suicide n'entrait dans le champ d'aucun droit de l'homme, ni de l'article 2 de la Convention protégeant le droit à la vie :

« En conséquence, la Cour estime qu’il n’est pas possible de déduire de l’article 2 de la Convention un droit à mourir, que ce soit de la main d’un tiers ou avec l’assistance d’une autorité publique. »

Le suicide assisté ou euthanasie fait l'objet de débats. En France, il est actuellement condamné comme homicide. Il est autorisé dans des pays comme les Pays-Bas ou même la Belgique.

Prévention du suicide

Le suicide est généralement annoncé, beaucoup de suicidés essayent de prévenir leurs proches et laissent une lettre d'adieu afin d'expliquer leur geste. Ces pensées sont à prendre au sérieux et s'il y a un risque de tentative de suicide, il faut en parler avec la personne ouvertement afin de pouvoir l'éviter. L'évocation de la mort avec une personne, poser la question « avez-vous pensé à la mort ? » n'est pas suicidogène, mais permet au contraire de montrer que l'on comprend la souffrance. Lorsque l'on discute, il ne faut pas porter de jugement ; on peut tenter de lui faire se remémorer d'anciens problèmes et les stratégies qu'elle avait mises en en œuvre pour les résoudre.

Selon le professeur Michel Debout [1]

« Lorsqu’on pense qu’une personne va mal, il ne faut pas hésiter à lui dire ce que l’on ressent. Et la manière dont on lui dit est importante. Si vous lui demandez “ça ne va pas” ? Elle risque de se renfermer dans une réponse de type : “Mais si ça va très bien”. Alors que si vous dites “je te sens mal”, vous vous impliquez personnellement, et vous montrez que non seulement vous offrez une écoute, mais même un véritable dialogue. À partir de là, tout dépend de la situation et de votre lien avec elle. Mais vous pouvez essayer de l’orienter vers un soutien, un spécialiste ou une association qui pourront l’aider. »

L'idéal serait de convaincre la personne de consulter un médecin ou de contacter une association spécialisée. Si l'on sent que le passage à l'acte est imminent, il faut prévenir les secours (en priorité la régulation médicale, le « 15 » en France).

Cependant, l'écoute dans le but de faire exprimer à la personne ses difficultés ne constitue qu'un premier stade de la prévention.

Aide téléphonique

Ce premier stade est généralement pris en charge téléphoniquement par des associations de type:

Tous ces services se cantonnent exclusivement à l'écoute et n'interviennent pas même sur demande expresse de la personne en détresse.

Sauf pour les anglophones où le service de SOS Amitié spécialisé peut orienter vers un psychiatre anglophone voire appeler les pompiers à la demande expresse de la personne.

SOS Amitié a aussi un service d'écoute par courriel mais avec des délais de 48h pour les réponses.

Aide internet

Des forums francophones affirmant procurer un soutien psychologique existent actuellement sur l'internet :

Il convient d'aborder ces sites avec circonspection en raison de :

Ces deux facteurs peuvent mener à une aide inadaptée, qui peut même être suicidogène.

Intervention active auprès d'une personne en état d'urgence élevée

Actuellement, il n'existe pas de graduation entre la démarche d'écoute (Aide téléphonique et Aide internet) et l'intervention des services d'urgences sur un cas déjà passé à l'acte.

La prévention des cas d'urgence élevée devant donc être effectuée par l'entourage ou le médecin traitant. Ce qui pose les problèmes:

Prévention après une tentative ratée

Les personnes qui ont fait une tentative de suicide sont en général prises en charge en service de soins aigus à l'hôpital (suite à un empoisonnement ou à des blessures nécessitant souvent une réanimation). Une fois l'épisode critique surmonté et l'éloignement de tout danger vital, le patient est orienté vers un service de psychiatrie. L'hospitalisation est volontaire dans la grande majorité des cas, mais certaines dépressions sévères (mélancolie, dépression délirante) peuvent entraîner une hospitalisation à la demande d'un tiers, voir une hospitalisation d'office. Dans tous les cas, les sujets ayant fait une tentative de suicides doivent être évalués par un psychiatre, et souvent orientés vers une structure adaptée à la prise en charge d'une cause curable de suicide (dépression très souvent, mais aussi psychose, alcoolisme, etc.). Dans le cas d'un séjour en psychiatrie, il est proposé un suivi ultérieur en consultation psychiatrique (hospitalière ou avec un psychiatre libéral). Malgré ces efforts de prise en charge et la possibilité d'hospitalisation contre le gré du suicidant, en France, un quart des adolescents mineurs suicidants sortent de l'hôpital sans avoir eu de consultation psychiatrique.

Cette prise en charge des personnes qui tentent de se suicider est importante car les risques d'une nouvelle tentative sont grands (75 % dans les deux ans). Il est cependant aussi nécessaire de faire une prévention du suicide en amont. Cela passe par l'explication de ce qu'est la dépression. Ils serait souhaitable que médecins (60 à 70 % des suicidants consultent un médecin dans le mois qui précède le passage à l'acte, dont 36 % dans la semaine qui précède), enseignants et de manière générale toute personne en contact avec des adolescents ou des personnes en détresse sociale soient formés, des campagnes publicitaires soient menées afin de sensibiliser l'ensemble de la population à ce problème et d'aider les personnes susceptibles de se suicider à abandonner cette idée en leur ouvrant la voie à d'autres alternatives.

suicides célèbres

voir aussi : Liste de suicidés célèbres

Voir aussi

Bibliographie

Liens externes

See also: Suicide, -74, 1897, 1965, 1969, 1980, 1985, 1996, 2000