Système électoral à préférences multiples ordonnées


Le système électoral à préférences multiples ordonnées est un système de vote par classement qui peut prendre plusieurs formes (vote alternatif, méthode Condorcet ...). Un de ces systèmes a été largement utilisé en Italie jusqu'à que l'on découvre qu'il était utilisé à mauvais escient pour acheter des votes (par des promesses ou des menaces), en profitant d'un défaut de conception qui fait que ce système ne protège pas l'anonymat de l'électeur.

Principe

L'origine du système est plutôt louable : en suivant les idées que l'on retrouve aussi dans le Paradoxe de Condorcet, on permet à l'électeur de changer l'ordre des candidats qui se présentent sous une même liste électorale, pour indiquer ainsi ses préférences.

Par exemple, si la liste du parti Triche est composée des candidats A, B, C, ... Z dans l'ordre, tout vote donné à la liste sans autre indication sera dévolu prioritairement au candidat A, mais, si A ne peut pas être élu, le vote sera reporté sur le candidat B, et ainsi de suite.

Par contre, si l'électeur, une fois choisie la liste, exprime un certain nombre de préférences, l'ordre des reports éventuels de son vote ne sera pas celui de la liste, mais celui de ses préférences.

Au cas ou aucun candidat ne se retrouve avec assez de préférences pour être élu, l'ensemble des voix est dévolu à la liste, et utilisé pour élire autant de candidats que possible, dans l'ordre de la liste (les voix en excédant étant ensuite reportées au niveau régional ou national, mais cela représente un niveau de détail qui ne nous intéresse pas pour le sujet d'étude courant).

Défaut

Ce système (éminemment complexe), contient un défaut majeur de conception qui permet de compromettre très facilement l'anonymat des électeurs, en permettant de vendre ou d'extorquer les votes : il est possible, avec des listes suffisamment longues, d'attacher à chaque vote une signature, le rendant reconnaissable, sans que cela change le résultat attendu par le parti Triche.

Cela se voit très clairement sur un exemple : dans le district électoral Petit qui compte 5000 électeurs, le parti Triche veut faire élire le candidat E dans sa liste qui présente A B C D E F G H I L dans l'ordre.

Des représentants musclés du parti vont visiter un à un les 5000 électeurs, en demandant au premier électeur de voter E A B C D F G H, au deuxième E A B C D F H G, au troisième E A B C D H F G etc. (avec les 7 lettres A B C D F G H on peut composer 7! = 5040 signatures différentes, ceci suffit pour donner une signature différente à chacun des 5000 électeurs).

Le dépouillement étant public, il sera très facile de vérifier si un vote donné est présent ou pas, et dans le cas où la séquence n'apparaît pas au dépouillement, on sait très précisément qui n'a pas voté comme on lui a demandé, et on pourra prendre les mesures nécessaires pour qu'aux prochaines élections cette fastidieuse désobeissance ne se produise plus.

Le nombre de signatures différentes que l'on peut produire avec une longue liste de candidat étant très élevé, l'électeur honnête n'a que très peu de chances d'échapper aux représailles s'il ne suit pas la consigne.

Ce défaut majeur de conception, pourtant très méconnu, montre bien comment toute couche technologique (cryptographie, ou autre) qu'on puisse souhaiter rajouter a un protocole de vote ne pourra jamais garantir une des propriétés fondamentales, l'anonymat, si le protocole est défectueux.

Il est donc d'autant plus illusoire de se référer à des organismes de certification pour garantir que le vote réalisé par le biais de machines électroniques sera fiable.

Voir aussi

See also: Système électoral à préférences multiples ordonnées, Fraude électorale, Italie, Jean-Antoine-Nicolas de Caritat, Méthode Condorcet, Système de vote, Vote alternatif