Tarquin le Superbe
Le dernier roi de Rome est un concentré de négativité : il fera figure de repoussoir, à la fois moral et politique.
Fils ou petit-fils de Tarquin l'Ancien, Lucius Tarquinius (le Superbe) et son frère Arruns sont mariés aux filles de Servius Tullius, le roi pensant ainsi se prémunir contre les risques de complot dont avait été victime son prédécesseur, Tarquin l'Ancien.
Or Tullia, l'ambitieuse épouse d'Arruns, ne tarde pas à tromper son paisible mari (et au mépris de sa propre sœur) avec Lucius, son beau-frère. Ce ménage dura quelque temps, Tullia communiquant sa folle ambition au jeune Tarquin, puis les deux époux encombrants disparurent opportunément.
Devenus libres, les deux amants maudits purent donc s'épouser, malgré la désapprobation du père/beau-père. Poussé par sa femme, Tarquin entreprend alors de faire reconnaître ses droits sur le trône : il cherche appui auprès des sénateurs, puis forme une escorte de jeunes gens avec laquelle il envahit le forum. Il crée du tumulte ; Servius intervient. Pris de court, Tarquin finit par l'empoigner et par le jeter dehors où le roi est achevé par les partisans du Superbe. Tite-Live raconte que, rentrant chez elle, Tullia aurait roulé sur le corps ensanglanté de son père...
Maître du trône par un crime (-534), c'est par des violences sans fin qu'il prétend s'y maintenir. Il commence par interdire qu'on ensevelisse son beau-père et liquide les sénateurs qui avaient soutenu Servius Tullius.
- « Craignant que l'exemple qu'il avait donné en s'emparant injustement du pouvoir ne se retourne contre lui, il se fit accompagner d'une garde armée : c'est par un coup de force en effet qu'il avait acquis le pouvoir, sans passer par les suffrages populaires ou l'avis du Sénat. Il ne pouvait pas davantage espérer l'amour de ses sujets et ne devait compter que sur la terreur pour asseoir son autorité. Pour augmenter son effet, il instruisait seul et sans consulter personne les causes capitales ; sous ce prétexte, il tuait, envoyait en exil, condamnait à la confiscation des biens les suspects, ses ennemis ou même ceux dont il n'avait rien à attendre que les dépouilles.
- Ses coups frappaient surtout le Sénat : il élimina beaucoup de membres et décida qu'ils ne seraient pas remplacés afin d'affaiblir l'ordre : privé de son prestige, il s'indignerait moins de n'être plus consulté sur rien.'' [...]" Tite-Live, Histoire romaine, Livre I, 49
Il abolit la Constitution de son prédécesseur, mais termine les grands travaux (égouts, etc.), réorganise l'armée et construit sur le Capitole un temple dédié à Jupiter. Sans cesse en guerre contre les Latins, il élimine ses opposants par la ruse (Turnus Herdonius d'Aricie) il triomphe des Volsques en prenant Gabies sans coup férir, grâce à une trahison de son fils, Sextus Tarquin, et Suessa Pométia. Le roi fait alors la paix avec les Eques et renouvelle le traité avec les Étrusques
Sextus, aussi violent que son père, devient amoureux de Lucrèce, femme d'un de ses parents, Tarquin Collatin, et l'outrage. Lucrèce s'étant suicidée de honte, Tarquin Collatin soulève le peuple avec l'aide de son cousin Junius Brutus.
Le roi et sa famille chassés de Rome se réfugient en Étrurie. La République est proclamée (-509). Sextus Tarquin sera assassiné à Gabies.
"Rome était désormais libre." Tite-Live (-509)
Eutrope : Abrégé de l'Histoire Romaine (traduction de Maurice Rat) :
- VIII. - Lucius Tarquin le Superbe, le septième et le dernier des rois, vainquit les Volsques, nation située à peu de distance de la Ville, sur la route de la Campanie. Il soumit la cité de Gabies et Suessa Pométia, fit la paix avec les Toscans, et construisit sur le Capitole un temple à Jupiter. Plus tard, au siège d'Ardée, cité située à dix-huit milles de la Ville, il perdit la couronne. En effet, son fils, un Tarquin lui aussi, Tarquin le Jeune, avait violé une femme de la plus haute noblesse, Lucrèce, la très vertueuse épouse de Collatin, et celle-ci, après s'être plainte de cette injure à son mari, à son père et à ses amis, s'était tuée sous leurs yeux. Pour la venger, Brutus, bien que parent lui-même de Tarquin, ameuta le peuple et ôta la royauté à Tarquin. Bientôt l'armée, qui sous les ordres du roi lui-même assiégeait la cité d'Ardée, abandonna elle aussi ce prince, et quand il vint pour entrer dans la Ville, il en trouva les portes fermées et s'en vit exclu. Après avoir exercé le pouvoir pendant vingt-cinq ans, il s'enfuit avec sa femme et ses enfants. Ainsi vit-on à Rome pendant deux cent quarante-trois ans sept rois se succéder, alors que Rome ne possédait encore qu'un empire s'étendant à peine, tout au plus, au quinzième milliaire.
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