Thalès de Milet
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Thalès (en grec θαλες Thalễs) appelé communément Thalès de Milet, était un philosophe ionien né à Milet vers l'an 625 et mort vers l'an 547 av. J.-C.. Il fut l'un des Sept sages de la Grèce et le fondateur présumé de l'école milésienne.
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Biographie
La vie de Thalès a manifestement subi un processus d'idéalisation, et ce que nous connaissons de ce penseur, comme pour les autres Présocratiques, nous renseigne surtout sur le type commun du sage en Grèce.
Le situer dans le temps est difficile si l'on tient compte de la date de l'éclipse de soleil qu'il aurait supposément prédite. Mais Diogène Laërce situe sa mort à la 58e olympiade (548-545 av.J.-C.). Et rapportant les dires d'Hérodote, Diogène raconte que Thalès serait le fils d'Examios, un marchand, et de Cléobuline. On entend parfois qu'il descendait de la famille des Thélides, des rois mythiques de Phénicie de la lignée d'Agénor et de Cadmos. Plusieurs autres sources affirment pourtant qu'il était peut-être d'origine béotienne ou phénicienne et probablement contemporain de Solon et de Crésus et qu'il se serait installé à Milet en compagnie de son ami Neileôs. Il n'est donc pas sûr que Thalès soit Milésien, quoiqu'une tradition courante fasse de lui un descendant d'une famille aisée de Milet. Cependant, il faut insister sur le fait que les sources les plus fiables et complètes proviennent de Diogène Laërce et d'Hérodote.
En ce qui concerne sa carrière politique, voici ce que rapporte Diogène Laërce : « Il paraît aussi avoir été un éminent conseiller politique. Ainsi marqua-t-il son opposition, quand Crésus envoya une ambassade proposer aux Milésiens de s'engager à ses cotés; étant donné ensuite la victoire de Cyrus, ce refus assura la survie de la Cité. » Cette réputation lui permit de convaincre les cités-États (ou polis) d'Ionie de se regrouper en fédération. Thalès le scientifique ne doit donc pas occulter un autre Thalès, habile en affaires et prompt à dénigrer ses propres découvertes et sa fortune acquise.
Thalès de Milet est tenu pour le premier philosophe, scientifique et mathématicien grec, et le premier il aurait reçu le nom de sage. Il commença pourtant sa vie comme simple commerçant puis s'orienta vers une carrière politique et économique. Il s'embarqua un jour vers Naucratis (qui deviendra Alexandrie) déjà reconnue pour sa culture scientifique. Il y étudia les mathématiques, particulièrement la géométrie où il fit déjà quelques découvertes.
On prétend qu'il se passionnait de gymnastique et qu'on l'aurait trouvé dans les gradins, mort par déshydratation lors d'une compétition à laquelle il assistait. Diogène Laërce nous relate sa mort de manière émouvante :
«Thalès le Sage mourut en assistance à une rencontre sportive, du fait de la faim, de la soif, et de la faiblesse de l'âge. On grave sur son tombeau :
- Petit est ce tombeau, mais au ciel va sa gloire.
- Regarde, c'est celui de Thalès, grand esprit.
Nous-même avons composé sur lui l'épigramme suivante, éditée au premier livre de nos Epigrammes et mètres divers :
- Tandis qu'il contemplait une lutte sportive,
- Zeus Solaire, tu as, hors du stade, ravi
- Thalès dont la sapience avait fait le renom.
- Je te loue de l'avoir rappelé près de toi,
- Car il était très vieux, et depuis cete terre,
- La force lui manquait pour observer les astres.»
Le scientifique
Il connut d'abord sa renommée comme conseiller militaire et comme ingénieur. Durant la guerre entre les Perses et les Lydiens, il aurait détourné le cours du fleuve Halys pour faire passer l'armée de Crésus.
On rapporte qu'il prédit l'éclipse de soleil de 585 av. J.-C. À cette époque, la prédiction des éclipses lunaires était relativement connue puisqu'elles se répètent sur un cycle de dix-neuf ans. Mais aucune preuve n'étaye cette assertion et il semble qu'elle relève plutôt de la légende. Thalès n'avait pas les connaissances requises pour faire la prévision d'une éclipse solaire. Elle demande non seulement des moyens géométriques puissants mais aussi des calculs trigonométriques complexes, voire des éphémérides, qui ne seront à la disposition des astronomes que plusieurs siècles plus tard. Il aurait peut-être utilisé certaines données rassemblées par les Babyloniens, mais comme l'éclipse se trouvait à un point différent du globe, cette hypothèse est discutable. Quoiqu'il en soit, quand la prédiction se réalisa, les Mèdes et les Lydiens alors en guerre furent pris d'une panique telle qu'ils conclurent un accord de paix.
C'est en son temps que remonte la connaissance de l'électricité puisqu'il savait déjà que l'ambre avait la propriété d'attirer les matériaux légers. Suite à ces expériences, le mot "électricité" (ηλεκτρον en grec) est donné en référence à l'ambre jaune.
Voici une anecdote intéressante rapportée par Diogène Laërce et reprise par Platon dans le Théétète, qui illustre bien l'intérêt de Thalès pour l'étude des astres. On raconte encore qu'une vieille domestique le conduisit un jour dehors pour observer les astres et qu'il tomba alors dans un trou qu'on avait creusé. La vieille, au lieu de le plaindre, le railla : « Eh oui! Thalès! Tu n'arrives pas à voir ce qui est à tes pieds et tu crois pouvoir connaître ce qui se passe au ciel? »
Le mathématicien
Diogène Laërce, dans Vies, Doctrines et sentences des philosophes illustres, vol. 1, précise que Hiéronyme dit qu'il mesura les pyramides d'Égypte en calculant le rapport entre leur ombre et celle de notre corps. L'anecdote rapporte que le Pharaon Amasis aurait mis ses connaissances à l'épreuve en lui disant que personne n'était en mesure de savoir quelle était la hauteur de la Grande Pyramide. Il partit simplement du principe qu'à un certain moment de la journée, l'ombre de tout objet devient égale à sa hauteur. Il ne lui restait qu'à déterminer le moment exact. Il devait également pour cela tenir compte de ce que les rayons du soleil devaient être perpendiculaires avec l'un de ses côtés, ce qui ne se produisait que deux fois par année! Impressionnés par ce calcul, les prêtres lui donnèrent accès à la bibliothèque où il put consulter de nombreux ouvrages d'astronomie.
Son nom est célèbre par le fameux théorème de Thalès (qu'il ne connaissait pas), qui donne des relations entre les rapports de distances de triangles. La première démonstration de ce théorème est attribuée à Euclide qui la présente dans ses Éléments, dans le Livre VI (Proposition 2) - il le démontre par proportionnalité d'aires de triangles de hauteur égale.
Les historiens lui attribuent toutefois cinq théorèmes de géométrie élémentaire :
- Un cercle est partagé en deux parties égales par tout diamètre.
- Les angles à la base d'un triangle isocèle sont égaux.
- Les angles opposés par le sommet sont égaux.
- Deux triangles sont égaux s'ils ont deux angles et le côté compris égaux.
- Un angle inscrit dans un demi-cercle est droit.
Cosmologie
Thalès est donc le premier « penseur » connu de l'histoire. Son intérêt pour l'astronomie le poussa à faire de nombreuses observations sur les constellations. Il aurait été le premier à noter le voyage du soleil entre les deux Tropiques. Il établit aussi que certaines étoiles n'étaient pas toutes fixes par rapport aux autres et il les baptisa "Planètes", ce qui signifie corps errant. On dit même qu'il parvint à en répertorier les éphémérides. Il fut aussi le premier à constater que l'année ne comptait pas 365 jours, mais 365 et un quart.
L'école de Milet
De retour à Milet, il fonda l'École milésienne. On sait qu'Anaximandre et Anaximène furent ses successeurs. Mais nous n'avons aucun écrit de lui, et nous ne savons pas même s'il écrivit jamais. Il est difficile de préciser ses idées et d'être assuré de certaines de ses découvertes scientifiques. On sait cependant que dans cette école, il aurait prononcé la formule désormais célèbre : « Connais-toi toi-même. »
L'école de Milet réalise deux grandes avancées fondatrices :
- la première est la distinction entre le naturel et le surnaturel. Loydd écrit ainsi que « les Milésiens laissent les dieux à la porte ». De façon plus exacte, ils ne chassent pas le divin de la connaissance du monde, mais la Mythologie, en cherchant des causes naturelles aux phénomènes. Ce changement d'attitude fait succéder l'explication naturaliste à l'explication divine classique.
- la seconde en découle naturellement par la recherche de la véracité : les Milésiens mettent en place la discussion des arguments défendus. Admettre la discussion scientifique est une nécessité de l'avancée scientifique et une qualité de la rationalité.
Sa philosophie de la nature fait de l'eau le principe explicatif de l'univers, d'où procèdent les autres éléments, air, feu et terre. Cet élément primitif est manifestement d'origine phénicienne. La raison de ce choix pour l'eau provient sans doute de l'importance de celle-ci dans la croissance et la nutrition des choses vivantes, de son rôle central dans le quotidien des Milésiens et des observations qu'on prétend qu'il a faites en Égypte quant à l'importance du Nil et des autres fleuves qui faisaient l'objet de cultes. Mais l'originalité de Thalès est de faire de cette explication mythologique un principe de connaissance physique et métaphysique ; en effet, l'unité de l'élément eau est aussi l'unité du monde : « Thalès et son école : le monde est un », Aétius.
Cette thèse est une grande innovation, car elle suppose l'affirmation de vérités, non à partir de quelques objets singuliers, comme c'était le cas avant lui pour les Égyptiens ou les Babyloniens, mais pour une infinité d'objets contenus dans le monde et pour le monde lui-même. Il énonce donc des vérités concernant une classe entière d'êtres. Ainsi, selon l'helléniste allemand Zeller (XIXe siècle), l'apport majeur de Thalès est d'avoir généralisé et conceptualisé ses observations, d'être parvenu au concept de l'un sans se perdre dans l'accumulation d'observations disparates. C'est là la thèse fondamentale de ce philosophe dont nous ne connaissons rien avec certitude. On attribue parfois à Thalès une conception de l'univers assez séduisante: celui-ci serait un genre de bulle d'air hémisphérique formée par la concavité du Ciel et la surface plane de la Terre, qui flotte elle-même sur l'eau. Le mouvement de la Terre sur l'eau expliquerait les tremblements de terre.
Il savait aussi tirer profit de ses observations. Aristote raconte que Thalès, prévoyant une abondante récolte d'olives, aurait monopolisé les pressoirs pour mieux monnayer leurs services ; il voulait ainsi montrer que le sage est capable de faire fortune mais qu'il ne s'en préoccupe pas, préférant la contemplation, la recherche scientifique et la vie honnête.
Bibliographie
- LAHAYE (Robert), La philosophie ionienne. L'École de Milet, Ed. du Cèdre, Paris, 1966.
