Créationnisme

Le créationnisme est une croyance, soutenue jusqu'au XIXe siècle par les religions reconnaissant la Bible comme livre sacré, puis depuis 1873 (Colloque de Niagara), essentiellement par certaines églises chrétiennes, au moyen de la doctrine de l'inerrance et de l'autorité de la Bible, le monde aurait été créé de la façon littérale décrite dans la Genèse, et que Dieu aurait créé la terre en six jours réels, de vingt-quatre heures. Par conséquent, le premier jour de la création est selon James Ussher le 23 octobre 4004 av JC, soit environ 6000 ans, puisque la chronologie biblique donne cet âge à l'humanité. François-René de Chateaubriand la résume, en gros, de la façon suivante : Les dinosaures, fossiles, hommes préhistoriques, etc., n’auraient ─ selon cette thèse ─ pas réellement existé mais seraient des artefacts disposés par Dieu pour troubler l’homme dans le jugement de son histoire, afin qu’il ne puisse pas prouver l’existence de Dieu de manière scientifique.

Le créationnisme n'est donc pas simplement la croyance en la création, mais une doctrine détaillée de l'origine de la terre. Se réclamer du créationnisme va donc plus loin que croire en la création.

Le créationnisme s'oppose à la théorie de l'évolution.

Le créationnisme est une doctrine d'origine plus récente qu'on ne croit. Dans Le problème de l'incroyance au XVI° siècle, Lucien Febvre cite le texte ci-dessous :

Quel est l'homme de sens qui croira jamais que, le premier, le second et le troisième jours, le soir et le matin purent avoir lieu sans soleil, sans lune et sans étoiles, et que le jour, qui est nommé le premier, ait pu se produire lorsque le ciel n'était pas encore ? Qui serait assez stupide pour s'imaginer que Dieu a planté, à la manière d'un agriculteur, un jardin à Eden, dans un certain pays de l'Orient, et qu'il a placé là un arbre de vie tombant sous le sens, tel que celui qui en goûterait avec les dents du corps recevrait la vie ?
« ... À quoi bon en dire davantage lorsque chacun, s'il n'est dénué de sens, peut facilement relever une multitude de choses semblables que l'Écriture raconte comme si elles étaient réellement arrivées et qui, à les prendre textuellement, n'ont guère eu de réalité
« Quel est, nous demande-t-il, ce rationaliste, ce Padouan dévergondé, qui se livre ensuite à mille plaisanteries sur l'histoire du déluge, sur l'arche renfermant en l'espace de quelques coudées, tous les animaux de la création ; sur Sodome et Gomorrhe, sur Loth et ses filles -tout cela avec une liberté, une audace, un cynisme que n'a point dépassé Voltaire ? » De fait, il s'agit tout simplement d'Origène, abondammant lu sous la Renaissance et dont Érasme allait jusqu'à dire  : « En fait de théologie, après les Saintes Écritures, rien de mieux à lire qu'Origène. » C'est le raidissement du Concile de trente qui a imposé la croyance à l'exactitude littérale de la Bible, alors que l'interprétation symbolique, fréquente chez saint Augustin, était parfaitement admise au Moyen-Âge.
Sommaire

L'œuvre de Charles Darwin

En 1859, Charles Darwin publie son essai sur l'origine des espèces qui est diversement reçu par les églises. Le clivage de l'intelligentsia européenne s'organise pour une bonne centaine d'années autour de ce livre et du Syllabus.

Réception par l'Église catholique

Dans un premier temps, l'Église catholique lutte nettement contre le transformisme, ainsi nomme-t-on, alors, l'évolutionnisme. En 1893, l'encyclique Providentissimus Deus expose la chose comme suit :

« Les livres de l'Ancien Testament et du Nouveau Testament, avec toutes leurs parties, tels qu'ils ont été reconnus par le Concile de Trente doivent être reconnus comme sacrés et canoniques, non pas en ce sens que, composés par le génie humain, ils ont ensuite reçu son approbation, ni seulement qu'ils contiennent la révélation sans aucune erreur, mais parce qu'ils ont été écrits sous l'inspiration du Saint-Esprit et ont ainsi Dieu pour auteur. »

Cette doctrine se nomme l'« inerrance de la Bible ».

Le motu proprio Sacrorum Antistitum ou serment anti-moderniste (1910) interdit de parler des questions qui fâchent, à savoir d'histoire des dogmes et de tout ce qui est « moderne ». Jusqu'à l'abandon de celui-ci en 1961, c'est-à-dire à la veille de la préparation du concile Vatican II, elle reste créationniste comme en témoignent les manuels d'apologétique investis de l'imprimatur et du nihil obstat, et interdit par exemple au jésuite paléontologue Pierre Teilhard de Chardin de continuer à publier ses travaux dans leur état du moment, bien que ne constestant pas son droit à les poursuivre sans inconvénient et à les communiquer en interne.

Après Vatican II, l'Église catholique reste discrète sur cette doctrine jusqu'au 23 octobre 1996 où le pape Jean-Paul II reconnaît que les théories de Darwin sont plus qu'une hypothèse.

Autres réceptions

Une immense majorité de chrétiens n'a pas attendu 1996 pour donner à ce passage principalement une valeur symbolique et poétique. Pour ceux-ci, l'ensemble de l'Univers reste l'œuvre de Dieu, façonné au cours des millénaires, selon un processus que tente de décrire la science et notamment la théorie de l'évolution de Darwin.

Le retour du créationnisme

Les idées créationnistes n'ont cependant pas disparu dans le monde anglo-saxon, aux États-Unis d'Amérique, où elles se sont propagées depuis le sud agricole du Bible Belt pour atteindre les couches diplômées de la population des États du nord, et en Australie en particulier. Elles ont été à l'origine de plusieurs procès.

Le plus fameux d'entre eux, dit le procès du singe, s'est déroulé en 1925, dans le Tennessee. Un jeune professeur, Thomas Scopes, y est inculpé pour avoir enseigné les lois de l'évolution, contrevenant à une loi de cet État qui l'interdit. À cette époque, l'opinion publique était majoritairement du côté de Scopes, aussi, même s'il récolta une légère amende, ce procès est considéré comme une victoire des évolutionnistes parce que l'opinion publique était favorable au professeur.

En 1981, sous la pression des créationnistes qui voulaient que leur croyance soit considérée comme une hypothèse scientifique concurrente aux théories de l'évolution, un procès fortement médiatisé s'est tenu à Little Rock, en Arkansas, où ont témoigné des biologistes, des physiciens, des épistémologues, des théologiens et des politologues.

Le dernier de ces procès célèbres voit s'affronter des fondamentalistes protestants australiens et Ian Plimer, professeur de géologie à l'université de Melbourne. Accompagnant le mouvement américain, l'État du Queensland autorise, au début des années 1980, l'enseignement du créationnisme en tant qu'hypothèse scientifique. Ian Plimer s'oppose à cet état de fait. Bien qu'il ait donné la preuve, au cours de six années de procès incessant, des fraudes scientifiques et financières des créationnistes australiens, les particularités du système judiciaire australien ont mis ce chercheur en grande difficulté.

La survivance de ce concept jugé obscurantiste attriste ou rend furieux beaucoup de scientifiques à travers le monde : « En 2004, des problèmes ont été signalés dans l'enseignement de (la théorie) de l'évolution dans 24 États » et « des lois anti-évolutions ont été présentées dans cinq États, mais heureusement aucune n'a été adoptée » (déclarations à l'AFP d'Eugenie Scott, directrice du Centre californien pour l'éducation scientifique).

Le Créationnisme musulman

Avec la percée des mouvements islamistes, en gros depuis les années 1980, les arguments créationnistes d'origine chrétienne sont devenus populaires parmi les musulmans, alors que le Coran ne dit rien de semblable. On trouve des néo-créationnistes musulmans surtout en Turquie (1 seul prédicateur mais de grande audience), Indonésie, Malaisie et dans la diaspora européenne et nord-américaine.

Voir aussi

Liens internes

Liens externes

See also: Créationnisme, 1859, 1873, 1893, 1910, 1925, 1961, 1981, 1996