Théories du contrat social

Première approche

Les théories du contrat social, si elles demeurent attachées aux figures philosophiques qui les ont défendues dans leur diversité, à savoir Hobbes, Locke et Rousseau, trouvent leur origine dans un contexte politique et philosophique qui, de lui même, appelait une reflexion profonde sur la naissance et la vie du corps social et politique.
Le concept même d'un pacte librement établi par une communauté, afin d'établir une société organisée et hierarchisée, apparait précocément chez Platon, dans le cadre d'une pensée plus large sur la fondation d'une cité idéale.

Mais c'est Hugues Cornet, plus illustre sous le nom de Grotius, qui accorde pour la première fois dans l'histoire de la philosophie politique une place conséquente de sa reflexion et de ses écrits à la définition et à la théorisation du contrat social.

Pourquoi penser le contrat social, qui, par définition, est un évenement très improbable, ou tout du moins empiriquement invérifiable ? Parce qu'à un instant de l'histoire où les théories du pouvoir divin ne parvenaient plus à épuiser le scepticisme ni la faim, des questions se sont trouvées sans réponses convaincantes.
Comment en sommes-nous arrivés là ? Pourquoi cette société ? Pourquoi la société ? Pourquoi dois-je vivre avec ces hommes avec qui je n'ai pas nécessairement voulu vivre, et me soumettre à des règles auxquelles je n'ai pas choisi de me soumettre ? Par quelles chemins l'espèce humaine est-elle arrivée à une structure si gigantesque qu'elle ne semble plus être qu'une seule créature, le Léviathan ? Face à des questions auxquelles il est factuellement impossible de répondre dans le détail, les philosophes ont construit des cadres. Et par ces structures de pensée, ceux-là même ont véhiculé ce qu'ils pensaient devoir placer au centre de la société. Le contrat social est intéressant parce qu'il est travail « scientifique », par la recherche des hypothèses de la création, en même temps que philosophique.

Rousseau et le contrat social

Dans Du contrat social, Rousseau va élaborer un modèle. Il faut tout d'abord s'interroger sur le fondement de l'État, et donc répondre à la question : comment les hommes libres, égaux et indépendants par leur nature, pourraient-ils se soumettre à une autorité tout en conservant leurs droits individuels ?

Le contrat social est une forme d'association qui « défend et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun s’unissant à tous n’obéisse pourtant qu’à lui-même et reste aussi libre qu’auparavant ». Car aucun homme ne détient d’autorité naturelle sur son semblable.

La renaissance de l’égalité suppose l’aliénation par l’homme de la totalité de ses droits à la communauté. La souveraineté possède quatre caractères :

La liberté est préservée car le peuple se soumet aux lois tournées vers l’utilité commune dont il est l’auteur. Tous les individus abandonnent tout, on a donc une légitimité fondée sur la réciprocité. Le gouvernement ne fait qu’exécuter les lois votées par la puissance législative qui émane du peule rassemblé.

La volonté générale n’est ni l’unanimité ni la volonté de tous comme addition des volontés particulières, mais la « somme des différences ».

La souveraineté du peuple est indivisible et inaliénable ; si le pouvoir ne la respecte pas, il contredit les clauses et la finalité du pacte social. Du coup il devient despotique : le pacte social est dissout, le pouvoir devenu illégitime ne peut se maintenir que par la force. Le contrat social garantit la liberté et la sécurité individuelles, la paix publique et la jouissance de la propriété privée.

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