Tractatus Logico-Philosophicus
Le Tractatus Logico-Philosophicus est un livre de Wittgenstein d'abord édité en allemand en 1921 sous le titre Logisch-Philosophische Abhandlung., puis traduit en anglais un an plus tard avec une préface de Bertrand Russell. Le titre fait référence au Tractatus Theologico-Politicus de Spinoza.
L'objectif général de ce livre est de tracer de l'intérieur du langage des limites au-delà desquelles des propositions sont dénuées de sens.
Ce livre est considéré comme l'un des livres de philosophie les plus importants du XXe siècle. Il est composé de 7 propositions numérotées de 1 à 7 suivies de commentaires (1, 1.1, 1.11, 1.12, etc.).
| Sommaire |
Les propositions
(avec différentes traductions)
1. Die Welt ist alles, was der Fall ist.
1. Le monde est tout ce qui est le cas ;
1. Le monde est tout ce qui a lieu ;
2. Was der Fall ist, die Tatsache, ist das Bestehen von Sachverhalten.
2. Ce qui est le cas (un fait) est l'existence d'états atomiques de choses ;
2. Ce qui a lieu, le fait, est la subsistance d'état de choses ;
3. Das logische Bild der Tatsache ist der Gedanke.
3. Un tableau logique de faits est une pensée ;
4. Der Gedanke ist der sinnvolle Satz.
4. Une pensée est une proposition douée de sens ;
5. Der Satz ist eine Wahrheitsfunktion der Elementarsätze.
5. Une proposition est une fonction de vérité des propositions élémentaires ;
6. Die allgemeine Form der Wahrheitsfunktion ist: [ p-bar , xi-bar , N( xi-bar )]. Dies ist die allgemeine Form des Satzes.
6. La forme générale d'une proposition est la forme générale d'une fonction vraie qui est [p, ξ, N(ξ)]. C'est la forme générale de la proposition ;
7. Wovon man nicht sprechen kann, darüber muß man schweigen.
7. Ce dont on ne peut parler, il faut le taire.
Explications
Ce traité analyse les problèmes de la philosophie comme de problèmes essentiellement en rapport avec les mots, les pensées et les représentations ; ainsi, selon Wittgenstein, tout ce qui est bien pensé doit pouvoir se dire avec clarté. L'effort logique de clarification des problèmes doit donc nous permettre de les dissiper. Il ne s'agit donc pas, comme le croit Russell, d'inventer une langue logique idéal, mais de tracer les limites entre ce qui est doué de valeur et ce qui ne l'est pas, ou entre ce que l'on peut dire et ce que l'on peut seulement montrer. Toute solution passera par la logique, et par la connaissance de la nature de ses représentations (ou image, Bild) : tout ce qui peut être dit peut être dit clairement (préface).
Propositions 1. et 2.
Le traité commence par décrire la réalité, sous la forme d'un atomisme logique proche de Russell, avec cependant une différence essentielle : les relations sont pour Wittgenstein immanentes aux objets, leur appartiennent en tant que formes, alors que l'atomisme de Russell est platonisant, dans la mesure où ces relations existent indépendamment de nous et des objets qu'elles contiennent..
Ontologie
Selon Wittgenstein, le monde n'est pas un ensemble de choses, mais un ensemble de faits sur ces choses (1.1). Ces faits sont des états de choses, composés d'un élément subsitant, l'objet en tant que possibilités d'états (sa forme), et la configuration, élément changeant qui est l'état de chose même, en tant que structure des comportements entre objets.
Le monde est la totalité de ces états de chose en tant qu'ils existent (2.04), i.e. (formulation logique) en tant qu'ils sont le cas. La réalité est alors constituée par l'existence et l'inexistence de ces faits. Pourtant, en 2.063, il semble que ce soit la réalité totale qui soit le monde ; il y a sur ce point une contradiction entre 2.04, 2.06 et 2.063.
Ces états sont des structures constituées par la manière dont les objets s'enchaînent, et ces objets simples sont la substance du monde. Notre connaissance de ces objets est la connaissance des possibilités de leur occurrence dans des états de choses. Ces possibilités de relation sont selon lui inhérentes à la chose, et nous les connaissons par la connaissance de ses propriétés internes.
Cette conception logique du monde est comparable sur quelques points à la conception stoïcienne, mais Wittgentstein subsitue le fait à l'objet de la conception atomistique. On peut tenter de la synthétiser ainsi :
| Réalité | |
|---|---|
| Objets simples (ce qui subsiste) et Configurations (ce qui change) | |
| États de choses existants | États de choses n'existants pas |
| Le monde : ensemble de ce qui est le cas | Ce qui n'est pas le cas |
| Fait positif, existence d'un état de choses | Fait négatif, inexitence d'un état de choses |
Théorie de la connaissance
Pour Wittgenstein, la logique n'est pas une théorie, mais une image réfléchie du monde (6.1271). Ces images sont appelées tableaux (Bild) et sont la transposition de la réalité dans le domaine du pensable. Un tableau a la même structure que le fait auquel il correspond et les éléments du tableau sont les objets de la réalité.
Propositions 3.
Les propositions sont des tableaux (en allemand, Bild, en anglais, picture) ou des images de la réalité, tableaux qui possèdent la même structure logique que cette dernière. C'est là le fondement de sa théorie du langage : un état de choses est pensable, donc des images sont pensables. Une proposition est une expression d'une pensée et elle lui correspond, et la pensée correspond à l'état de chose. Le langage est donc l'expression de ces pensées ; et les propositions ont un sens si et seulement si elles concordent ou ne concordent pas avec des états de choses. Le langage doit donc s'accorder avec ces états.
Les propositions complexes peuvent être comprises seulement par l'analyse de leurs éléments. La manière correcte de les analyser est de les considérer comme des fonctions logiques de propositions élémentaires. Toute proposition peut ainsi être réduite aux liaisons de ses éléments et à ses opérateurs logiques. Cette approche est comparable à l'atomisme logique de Russell. Enfin, les limites de la logique sont les limites du langage, et par suite de la pensée et de l'entendement.
Propositions 4. et 5.
Dans la série des propositions 4. et 5., Wittgenstein utilise des tables de vérité qui sont aujourd'hui la méthode habituelle pour expliciter la valeur de vérité d'une proposition logique. Il aborde la notation, le paradoxe de Russell, la tautologie et la contradiction ; il aborde d'une manière très austère la question du langage, liée à la science, à la croyance et à l'induction.
Proposition 6.
En 6. il poursuit ses reflexions philosophiques sur la logique, liées aux concepts de connaissance (a priori et transcendental), de pensée, d'éthique, niant la possibilité même de parler de cette dernière. Il aborde la volonté, la vie et la mort, et fait quelques remarques plutôt mystiques :
- « Si par éternité nous entendons non pas la durée infinie du temps mais la qualité de ce qui est intemporel, alors la vie éternelle appartient à ceux qui vivent dans le présent. » (6.4311)
- «Ce qui est mystique, ce n'est pas comment est le monde, mais le fait qu'il est.» (6.44)
- «La solution du problème de la vie se remarque à la disparition de ce problème.» (6.521)
En fin de compte, le projet d'expliquer le langage, la logique, la pensée, et même la vie par un discours englobant ou externe est absolument impossible (par exemple, dans la préface, il exclut totalement l'idée d'un authentique « métalangage »), car les explications ne peuvent jamais dépasser les bornes des propositions douées de sens : ce qui est inexprimable relèvera alors de la mystique et le livre se termine par la fameuse et souvent incomprise proposition 7.
- Mes propositons sont élucidantes à partir de ce fait que celui qui me comprend les reconnaît à la fin pour des non-sens, si, passant par elles, - sur elles - par-dessus elles, il est monté pour en sortir (6.54).
Proposition 7
« Ce dont nous ne pouvons parler, nous devons le passer sous silence. »
Influence du Tractatus
Wiittgenstein considéra que cette œuvre donnaît une solution à tous les problèmes de la philosophie et, après sa publication, il se retira en Autriche et devint instituteur.
Le livre fut traduit en Anglais par C. K. Ogden, avec l'aide de Frank Ramsey. Ce dernier alla plus tard visiter Wittgenstein en Autriche. Le Tractatus retint l'attention du Cercle de Vienne, et tout particulièrement de Rudolf Carnap et de Moritz Schlick. Le Cercle consacra plusieurs mois à l'étude ligne par ligne de ce texte. Schlick persuada Wittgenstein, quand ce dernier revint à Vienne, de rencontrer les membres du Cercle afin de discuter du Tractatus
Wittgenstein voulait surtout rencontrer quelques-uns des membres du cercle (Schlick, Carnap et Waissman). Il refusa souvent de discuter philosophie, et insistait pour réciter de la poésie, la chaise tournée vers le mur. Il rompit ses relations avec le cercle parce qu'il en vint à croire que Carnap avait utilisé quelques-unes de ses idées sans sa permission.
Ce sont pourtant les conversations avec Schlick qui le ramenèrent à la philosophie : il commença de douter des idées et des méthodes du Tractatus, et retourna à Cambridge en 1929.
La lecture attentive du Tractatus montre qu'il est exagéré (pour ne pas dire erronné) de couper la vie de Wittgenstein en deux périodes radicalement opposées : si ces deux périodes sont effectivement très différentes, leur opposition totale est un mythe forgé par Wittgenstein lui-même.
Différents jugements de Wittgenstein sur cette œuvre
- La vérité des pensées ici communiquées me semble intangible et définitive. Mon opinion est donc que j'ai, pour l'essentiel, résolu les problèmes d'une manière définitive. (Préface).
- À côté de choses bonnes et originales, mon livre, le traité log.phil., contient aussi sa part de kitsch.
- Dans une conversation avec Frank Ramsey, il avoua qu'il avait oublié ce qu'il avait en vue en écrivant certains passages.
Traductions
- En français :
- par Pierre Klossowski, 1961 ;
- par Gilles-Gaston Granger, 1993.
Il existe une adaption rock du Tractatus.
Liens
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