Trinité (théologie)
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Christianisme
La Trinité, ou plus souvent « la sainte Trinité », est une représentation chrétienne de Dieu qui rattache le christianisme au monothéisme. Selon cette représentation, Dieu consiste en une seule substance (οὐσία ousia) divine en trois personnes (ou hypostases) distinctes :
- le Père : Dieu le Père, créateur du ciel et de la terre, le Dieu de l'Ancien Testament
- le Fils : Jésus-Christ, « le fils de Dieu », à la fois vrai homme et vrai dieu, dont l'histoire et la résurrection sont racontés dans le Nouveau Testament
- le Saint-Esprit, aussi appelé « Paraclet » (en grec, « avocat, défenseur »). Dans la doctrine chrétienne, il correspond à l'« esprit de Dieu » de l'Ancien Testament qui a inspiré les prophètes. C'est lui qui inspire, après la Pentecôte, les apôtres et l'Église après eux.
L'un des Pères de l'Église Grégoire de Nazianze († 390) parle ainsi « d'une seule Divinité et Puissance, existant Une dans les Trois, et contenant les Trois d'une manière distincte » (Orationes 40, 41).
Les différents rapports unissant les personnes de la Trinité sont :
- la paternité : relation du Père au Fils
- la filiation : relation du Fils au Père, explicitée dans le Symbole de Nicée-Constantinople : le Fils est « engendré, non pas créé »
- la spiration : relation du Saint-Esprit au Père par le Fils pour les Églises orthodoxes, au Père et au Fils pour l'Église catholique romaine (c'est l'enjeu de la querelle du Filioque)
C'est au cours des Conciles de Nicée (325) et de Constantinople (381) qu'a été défini le dogme de la Trinité. Auparavant, la conception arienne était la plus répandue.
Depuis ces conciles et malgré les divergences dogmatiques qui séparent les chrétiens, la plupart des grandes confessions chrétiennes reconnaissent l'existence de la sainte Trinité. C'est l'un des dogmes centraux du christianisme : Césaire d'Arles († 542), un autre Père de l'Église, écrit ainsi dans son Expositio symboli : « La foi de tous les chrétiens repose sur la Trinité ». Tous les baptisés chrétiens le sont « au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit », selon la formule qui termine l'évangile de saint Matthieu, écrit vers 80-90. Pour montrer son importance dans la foi chrétienne et la complexité de sa formulation, les catholiques parlent souvent du mystère de la Trinité, au sens de « principe à accepter comme article de foi ». C'est l'un des trois mystères reconnus, avec la Rédemption et l'Incarnation.
Ce dogme complexe a engendré nombre de visions différentes, en particulier dans les premiers siècles. Parmi celles-ci :
- l'arianisme
- le docétisme
- le modalisme
- le monophysisme
- le trithéisme
L'Église des premiers siècles a qualifié d'hérésies ces visions, jugeant qu'elles trahissent la vrai foi trinitaire en tentent de la ramener à des concepts plus accessibles à l'entendement ou moins exigeants pour le croyant.
Par la suite, la définition du dogme de la Trinité a donné lieu à la querelle dite du Filioque (en parlant du Saint-Esprit, procession du Père par le Fils, ou procession du Père et du Fils) qui, entre autres, conduisit au Grand Schisme d'Orient (1054) et à la séparation de l'Église catholique des Églises orthodoxes.
Des auteurs récents ont réinterprété ce mystère ancien (presque deux fois millénaire) sous l'éclairage de paradigmes actuels. Voir noosphère.
On peut noter aussi l'existence, toujours combattue par l'Église, d'une « trinité féminine » comprenant Anne, la mère de la Vierge Marie, la Vierge Marie elle-même, et l'enfant Jésus. Pour éviter un amalgame, l'Église catholique interdit les représentations des trois personnages dans un même ensemble. On peut voir encore quelques rares exemples de telles représentations, notamment en Bretagne où sainte Anne est très vénérée.
Trinités indo-européennes
Comme développé par Georges Dumézil, Le terreau commun indo-européen comprend, entre autres, une manifestation ternaire de la divinité. À l'opposé, les religions sémitiques étaient hénotéistes, voire, pour le judaïsme tardif, tout à fait monothéiste. Le rapprochement qui eut lieu entre peuples indo-européens et peuples sémitiques au travers de la chrétienté donne corps à la trinité chrétienne, qui concilie triade et monothéisme par le biais d'une seule substance en trois personnes.
La triade indo-européenne est liée à la tripartition fonctionnelle de la société (ou trifonctionnalité):
- Première fonction: souveraineté et sacré
- Deuxième fonction: militaire
- Troisième fonction: prospérité, fécondité
La première fonction présente elle même deux aspects:
- l'une est formelle, d'origine sacerdotale, s'exprime également dans une dimension juridique et est enracinée dans ce monde (le sacré)
- l'autre aspect de la souveraineté est fondée sur la puissance, et enracinée dans l'autre monde (le saint).
En Europe
Rome
Triade Précapitoline:
Cette triade précapitoline, correspondant à la triade ombrienne : Jupiter, Mars et Vofionus, est un fossile. Elle est remplacée par la triade capitoline, celle vénérée sur la colline du Capitole :
Religions scandinaves et germaniques
- Odhinn-Tyr : les deux aspects de la première fonction,
- Thorr : deuxième fonction,
- Freyr : troisième fonction.
Le Danemark à l'âge du fer vénère une triade:
Orient
Inde védique
- Mitra-Varuna : les deux aspects de la première fonction
- Indra : deuxième fonction
- les jumeaux Nasatya ou Ashvin :troisième fonction
Hindouisme
La religion hindoue connaît elle aussi une trinité formée de:
- Brahmâ dieu de la création (premiere fonction)
- Siva dieu de la destruction et de l'équilibre (deuxième fonction)
- Visnu dieu de la vie, de la conservation (troisième fonction)
Bibliographie
- De trinitate (De la trinité), Augustin d'Hippone
- De trinitate, Boèce
Liens
- Georges Dumézil
- Roscelin (pour la question du nominalisme et de la trinité)
